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Actualités Où commence votre avenir par Gautier Langevin
— Gautier, écris-nous un truc sur Front Froid et le projet, là... Te plaît. Je veux faire un Pied optimiste. Un : y a pas beaucoup de débouchés, mais y en a quand même. Les gens font des trucs. Parce que c’pas cool, que les inscriptions baissent. Et c’est pas vrai que tu peux RIEN faire après. Tu t’en occupes ? — … Ouais. Katia a insisté. Pourtant, je ne me suis jamais considéré comme un « role model » au sein du département. Bien au contraire. Je n’aime pas l’école. Je n’aime pas qu’on m’impose un travail intellectuel. Sûrement parce que je suis paresseux. Je n’irai pas à la maîtrise, je ne veux pas devenir professeur et mes professeurs ne m’ont jamais encouragé à poursuivre mes études aux cycles supérieurs. Logique. Ils ont des yeux. Trêve d’auto-flagellation. Pourquoi donc m’a-t-on approché ? Parce que j’ai fondé avec des amis et des collègues libraires un OBNL voué à la promotion de la bande dessinée au Québec. Depuis trois ans déjà, nous donnons des ateliers d’initiation au monde de la BD dans les écoles secondaires de Montréal, afin de prouver aux jeunes qu’il y a de la littérature facile d’approche, intéressante pour eux, tout en ayant une qualité littéraire considérable. Au fil des rencontres, nous avons pris conscience que l’on pouvait faire plus pour la BD. Nous constations que « quelque chose était en train de se passer », qu’un monde était tranquillement en train de renaître sous nos yeux (car la BD s’est déjà très bien portée au Québec). Nous publions donc ce printemps un premier collectif de BD, qui réunit cinq auteurs de la relève, intitulé « Le Front #1 ». Notre but est de faire connaître de jeunes auteurs qui empruntent des voix différentes, mais aussi de les rémunérer pour leur travail. C’est facile à concevoir comme objectif, mais difficile à réaliser lorsque le marché est encore en développement. La confiance des investisseurs — tant gouvernementaux que privés — est difficile à acquérir, mais je pense bien que nous sommes en train d’y arriver, progressivement. Heureusement pour nous, nous ne sommes pas les seuls à travailler dans ce sens. Des éditeurs comme La Pastèque et Mécanique Générale, des galeries comme Attakus, ou des organisateurs de festivals de BD travaillent eux aussi au développement du marché, et ça commence à porter fruit. Dans le quotidien Le Devoir du 22 mars, la page couverture du cahier lecture titrait « La température grimpe dans le monde de la bédé », le dernier numéro de la revue Entre les lignes consacre un dossier spécial au marché de la BD en ébullition, Mira Falardeau a fait la manchette de la plupart des grands médias avec son Histoire de la BD au Québec. Les choses vont de mieux en mieux. Mais bon, je ne m’étendrai pas plus sur le cas de Front Froid. Si ça vous intéresse, vous pouvez consulter notre site Internet. Bref, pour ceux qui ne veulent pas devenir chercheurs ou professeurs, il est vrai que le travail n’abonde pas à la sortie de l’université, mais si vous êtes passionnés par votre domaine, si vous être attentif à ce qui se passe dans votre milieu, vous verrez que le domaine de la culture au Québec n’attend que vous vous retroussiez les manches, et que vous créiez vous-mêmes votre propre travail. Pour que son travail paye en bout de ligne, il faut toutefois être prêt à faire beaucoup de bénévolat, à s’impliquer sur la scène politique et à s’initier à la gestion. Ça, le département de littératures de langue française ne nous l’enseigne pas, c’est le DESS en gestion d’entreprises culturelles aux HEC qui l’enseigne… Toutefois, au-delà des formations et des diplômes, je pense qu’il faut avant tout être attentif, et remettre en question les paradigmes — autant institutionnels qu’intellectuels — qui peuplent « le dehors des mûrs universitaires », si vous me permettez l’expression. Si vous considérez le milieu universitaire comme étant votre milieu, celui dans lequel vous voulez évoluer, je ne m’adresse pas à vous; votre chemin sera ardu, vous devrez en travailler un coup, mais la piste est débroussaillée. Pour les autres qui sont intéressés par le dehors, armez-vous d’une machette, de patience, d’un beau sourire, et n’hésitez pas à partir à l’aventure, l’avenir vous appartient avant d’appartenir à l’Université de Montréal.
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