Le Pied de nez
Éditorial


Méta-pied

par Katia Belkhodja


           Je suis sincèrement désolée que la bédé de Sam, dans le dernier Pied, ait pu choquer des sensibilités dans une partie du lectorat. Cependant, il faudrait quand même préciser que le journal s’adresse en grande majorité à des étudiants qui passent trois ans à apprendre la distance critique, qui lisent Sade en première année et Nelly Arcan en deuxième, qui ont lu Ionesco au cegep et qui ont donc normalement le sens de l’absurde, la connaissance des esthétiques de la transgression et une conscience aigüe du ‘’too-much’’ post-moderne. Ce sont aussi des gens qui, après un cours avec Andrea Oberhuber, sont normalement capables d’analyser ce que la bédé (qui est tout aussi trash dans les précédents Pieds, voir celle du fils gay à ‘’porter à l’hôpital avant d’aller se faire tester’’) a de figé dans des personnages habillés à la mode hyper-genderdefined des années 50, l’un de ces personnages étant un avatar hyper stéréotypé dead white male. Ma lecture ? Une dénonciation du phallocentrisme ambiant (voir pavillon Roger-Gaudry dans la face du campus et le nombre d’auteures au programme), une mise en évidence de la violence symbolique réactualisée par la distance instaurée par le cadre (personnages immobiles/années 50). Je crois que c’est autant de la violence faite aux femmes que le manifeste du FLESH de Mathieu Poulin est une incitation au cannibalisme (ou que les jokes de bébés morts du premier Pied incitaient au meurtre de bébé...). Il faut dire que ma formation m’a donné la facheuse tendance d’ajuster mes degrés de lecture, comme toute personne qui suit ce programme. Ces degrés qui nous font lyncher à chaque tentative de regarder un film avec quelqu’un qui fait finance et qui n’apprécie pas forcément, devant Children of Men, les : non mais attends, une fille enceinte à emmener sur un bâteau pour sauver l’humanité dans un monde à feu et à sang, un gosse qui naît dans un taudis, la super originalité du scénario, quoi, y en a pas qui construisent une tour à côté aussi ? Ou devant Enchanted : c’est pas pour dire, mais ça réécrit les clichés du genre au lieu de les déconstruire ; là, elle finit quand même avec un avocat, la fille, pas un employé du McDo, dans la parfaite famille nucléaire. Ils vécurent heureux et eurent 1.8 enfant. Vois le genre.

           Tout ça pour dire que tout choix éditorial est réfléchi, en fonction du lectorat principal (et un peu de l’espace à remplir, on va pas se voiler la face, d’autant plus qu’en se voilant la face, on rentrerait dans la remise en question de la laïcité de la rédaction et je commence à fatiguer sur les débats sociaux, là), et que la rédaction du Pied (moi ?) a autorité unique sur le contenu du Pied, et sur ce qui y a, ou non, sa place. En l’occurrence, j’assume et mes auteurs, et ce qu’ils pondent. En l’occurence, le courriel du Pied déverse dans le courriel personnel de la rédactrice en chef élue (moi !), qui ne mord (presque) pas.


La littérature, ça débouche

           Autant au Pied précédent, on n’aimait pas les végétariens, les assos, les non-fumeurs et j’en passe, autant ceci est un Pied optimiste. Un Pied léger, unique, certes, mais sautillant. On a un spécial projets étudiant, tous genres confondus. Bon, en fait, c’est surtout des publications étudiantes, on est super fiers de Mélanie Gélinas, ancienne étudiante à la maîtrise, qui sort son premier roman Compter jusqu’à cent, chez Québec Amérique, et de Stéphane Ranger, ancien étudiant au bac, qui sort son recueil de nouvelles Plusieurs excuses chez Ta Mère (voir l’article pour infos sur la maison). Gautier Langevin, qui étudie présentement au bac, a organisé, lui, la sortie du Front #1, un collectif annuel de bandes dessinées. Y a quelqu’un d’autre, mais j’oublie toujours l’orthographe du nom... Vous trouverez les critiques de tout ça disséminées dans le journal comme les fleurs du printemps qui s’annonce gaiement à nos fenêtres. On a de la poésie aussi, c’est tellement beau, de la poésie, Normand de Bellefeuille et Pierre Nepveu nous ont prêté leurs plumes et vous trouverez dans ce Pied-ci quelques-uns de leurs textes inédits.

           Ah, et on va souligner aussi que, pour une fois, on critique exclusivement des créations Québécoises, de La petite pièce en haut de l’escalier à Plusieurs excuses en passant par Compter jusqu’à cent. Pas qu’on soit chauviniste ou qu’on n’aime pas la Seine, mais la post-colonisation culturelle, à un moment donné, ça fatigue aussi.

           Sur ce, il y a un espoir de publier un mini-dernier numéro à la mi-avril, mais s’il n’y a pas le stock pour, la rédaction vous dit au revoir tout de suite, ce fut très cool, les créations ont été bonnes, les profs ont très sympathiquement participé quand on le leur a demandé, ce qui a beaucoup aidé à la vitrine des autres créateurs (parce que vous, lecteur, êtes plus intéressé par les créations de vos profs que par celles de vos camarades, honte sur vous et sur vos descendances), les créateurs invités ont aussi répondu à l’appel d’une manière étonnante. Que dire à part : à l’année prochaine, j’espère, que ce soit en tant que rédactrice en chef, journaliste ou créatrice.