|
Débouchée littéraire Bons baisers d'Algérie par Éric Vignola
NDLR : Confier cette critique était délicat. J’ai préféré au biais « rédactrice en chef », le biais amoureux. Ça avait le mérite d’être cute.
Pour quiconque a déjà embrassé Katia, son premier roman, La peau des doigts, est écrit avec le sang : son propre sang, celui du lecteur, dans lequel coule, pour sept ans après le baiser, la salive de l’auteur. Le lancement ![]() Au Pub Quartier Latin, mercredi le 19 mars 2008, a eu lieu le lancement du roman. Des amis, de la famille, des amis de la famille, mais aussi un étudiant de sa mère, à l’époque où elle enseignait à l’Université d’Alger. Il ne connaissait personne, mais en avait entendu parler, et avait tenu à venir féliciter la fille de Nora-Lisa Khimeche. La salle déborde. Katia est vite sollicitée : de tout bord tout côté, on lui demande des autographes. Au bout d’une heure, elle a trois minutes pour souffler, puis on lui tend un micro. L’extrait qu’elle lit charme vraisemblablement les invités, qui commencent à s’installer confortablement pour lire. L’éditeur, André Vanasse, espère que le roman remportera des prix. Katia espère simplement que les gens l’aimeront. Son copain espère qu’elle en vendra beaucoup. C’est avec beaucoup d’espoirs que La peau des doigts, telle une crêpe, est lancée. L’impression générale de cette soirée, c’est qu’elle était cuite à souhait, et qu’elle aura du succès. Le roman C’est un roman qui commence par un baiser et qui finit par un baiser. Entre les deux : de la science-fiction sans extraterrestre, sans Jedi, sans vampire ou fin du monde. Juste des personnages désaxés, extrêmes, grandioses, trouvant leur place dans une histoire simple, et belle. Personnages qu’on confond parfois, et qui nous confondent, toujours. Suzanne Giguère, dans une critique du Devoir intitulée La mélancolie du désir, dit que La peau des doigts est « animé […] d’une fureur d’écrire », et que Katia Belkhodja publie un « premier roman coup-de-poing ». C’est vrai, mais partiel. Si le style est abrupt comme une chute d’eau, l’histoire coule toute seule, dans un mouvement plus que linéaire, comme un va-et-vient entre les personnages, entre les errances, entre les solitudes. Lire Katia Belkhodja est facile. Il faut s’imaginer dans un party, face à quelqu’un d’extrêmement sympathique et d’un peu fou. La chose la plus facile à faire, c’est : l’écouter. Et l’apprécier. Comprendre, adopter, intérioriser Katia Belkhodja, c’est plus difficile. Il faut saisir les (nombreuses) références non-occidentales, il faut avoir vécu le deuil, l’exil, l’amour, la passion dans chaque geste, l’insolite dans chaque instant. Il faut avoir été enfant assez longtemps pour en être conscient. Et si on n’a pas vécu tout ça (ou rien vécu de tout ça), on reçoit La peau des doigts comme on reçoit, chez soi, un soir d’hiver, un immigrant venu d’Afrique : on s’étonne de son émerveillement, et on ne sait plus très bien comment se comprendre soi-même. Ce n’est pas qu’on en a perdu la force, ou l’envie, ou qu’on se rend compte qu’on s’était trompé : c’est que la méthode nous échappe, et on se demande, en fermant le livre, si on la retrouvera un jour. |