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Création littéraire Tabac par Julien Martineau
J’ai le gout d’une cigarette. C’est inévitable, lorsque la température est légèrement au dessus de zéro, dès que j’ai le début d’une sensation qui ressemble au printemps, chaque dépanneur devient une tentation qu’il faut combattre. Les bancs de neige qui résistent à la chaleur, aux camisoles, c’est une vision irréaliste dont la simple vue donne le goût de la fête. C’est quelque chose qui nous dépasse ; ça mérite une terrasse, une bière, une clope.
Je peux classer mon passé par marque de tabac. Les Peter Jackson des bars sales et des mois difficiles, king size en peine d’amour. Les Camel d’été, luxe suffocant de Montréal à Mexico. Les Benson & Hedges empruntés aux petits matins et les Du Maurier volées à l’oncle Clément. Pour moi, la nicotine c’est du souvenir qu’on fume par les deux bouts. On fume, on se brûle les doigts, ça goute mauvais, on est malade, on se dit qu’on touchera pu à cette cochonnerie-là. On a arrêté de fumer, on a arrêté d’avoir vingt ans, on n’est plus dans l’aube d’un nouvel amour, on ne porte plus de jeans troués, on a arrêté de vouloir écrire de grands poèmes et de changer le monde, on a arrêté d’écrire sur les murs, d’écrire des vers sur les trottoirs. On écrit sur Word. Tout ce qu’on a c’est la sobriété du présent avec des poumons noirs de nostalgie. On regrette le cancer de la jeunesse, impétueux. Une masse sombre, troublée, violente, sans limites. On emmerde la santé, sans vie. Vive les dents de la jeunesse, jaunes. On est des non-fumeurs ; l’odeur du tabac nous lève le cœur et le sourire. On est des non-fumeurs, du moins jusqu’au prochain printemps ou après une super baise. |