Le Pied qui voque
Création littéraire


Meurtre à l’université
Une enquête de l’inspecteur Grandmaison

par Gilles Marcotte


           C’est dans une salle de cours, celle-là même où le professeur avait officié le jour précédent, qu’un agent de la sécurité l’avait trouvé, au petit matin, à six heures dix-sept précisément, attiré par cette lumière qui brillait, seule dans le côté droit du corridor. Il était installé pour ainsi dire à la tribune du titulaire, et on l’aurait cru en train de donner un cours s’il n’avait eu la tête affaissée sur le pupitre, entourée de ses deux bras comme pour se protéger de quelque danger. On avait d’abord fait l’hypothèse d’une crise cardiaque, mais le vice-recteur chargé des affaires professorales avait appelé un médecin, il y en avait évidemment beaucoup dans l’université, et il était préférable à son avis de faire appel à un membre du personnel, on ne sait jamais, qui n’avait pas tardé à conclure à une forme peu connue d’empoisonnement. La police avait été avertie peu après, vers sept heures trente, le ruban jaune déployé autour de ce qu’on appelait la scène du crime, même si l’on n’était pas sûr qu’il y ait eu foul play. Quand, un peu plus tard, les étudiants avaient commencé à envahir le corridor pour assister à leur premier cours de la journée, une journée qui serait sans doute plus excitante que celle dont ils avaient l’habitude, on les avait soigneusement, voire un peu brutalement tenus à l’écart.

           L’inspecteur Grandmaison, lui, faisait comme s’il n’était pas là, c’était l’attitude qu’il prenait toujours quand il entreprenait une enquête. Meurtre ou suicide, il se gardait bien de toute hypothèse hasardeuse. Il regardait, il écoutait, il se promenait dans la salle de cours en examinant le plancher comme si là se trouvait la solution de l’énigme – si énigme il y avait, bien sûr. Et il rêvait un peu. On n’arrive à rien si on ne rêve pas un peu, c’était un de ses principes favoris, un principe peut-être étonnant à notre époque de police scientifique. Il rêvait aux études universitaires qu’il n’avait pas faites, à l’atmosphère studieuse qui régnait sans doute dans cette salle durant les cours, aux questions qui fusaient de tous côté lorsqu’une question brùlante, difficile, était traitée, de l’autorité morale et intellectuelle exercée par le professeur. Grandmaison avait sans doute entendu parler de la contestation étudiante qui éclatait de temps à autre sur le campus, mais il en imaginait difficilement la portée, comment pouvait-on se révolter contre un savoir aussi pointu, aussi respectable ? Bien sûr, les droits de scolarité… Il chassa cette idée de sa tête. Ses parents n’avaient pas les moyens de lui offrir l’université. Il s’imagina lui-même, tiens là-haut, à gauche, buvant littéralement ce qui sortait de la bouche du professeur, prenant des notes, les relisant durant les soirées studieuses…

           Il était comme ça, l’inspecteur Grandmaison. Un peu naïf, si l’on veut. Il savait ce qu’on pensait de lui, les blagues qu’on faisait sur ce qu’il appelait parfois ses méthodes, mais l’âge de la retraite n’était pas éloigné, il ne les imaginait même plus. D’ailleurs, son tableau de chasse était assez bien fourni, ce qui empêchait les plaisanteries de se répandre sans retenue. Il avait lu les Father Brown Stories de G.K. Chesterton durant sa jeunesse, et il y avait pris que, sans intuition, on n’arrive jamais à rien, dans le domaine de l’investigation policière ou ailleurs. Donc, il se promenait dans la salle de cours, sous le regard un peu amusé de ses collègues, mais lui n’était pas amusé, pas du tout. Il lui fallait trouver quelque chose, n’importe quoi…




L’auteur, se découvrant incapable de poursuivre la réaction de ce roman, fait appel à l’ingéniosité de ses lecteurs. Il leur propose donc les questions suivantes :

1. Enseigner la nuit, quel que soit le sujet du cours, est-ce possible ? recommandable ? interdit ?
2. Marie Laberge serait-elle en mesure de résoudre cette énigme ?
3. La victime aurait-elle été pressentie pour devenir vice-doyen ?
4. Qu’enseignait la victime ? Derrida ou Victor-Lévy Beaulieu ?
5. Aimez-vous Brahms ?
6. Quelle est la différence (sans allusion à Derrida) entre un titulaire et un chargé de cours ?
7. Qui était, est ou sera G.K. Chesterton ?
8. Faut-il abandonner ce roman si mal commencé ?

L’auteur (présumé) vous remercie de votre obligeance.