Le Pied de Nez
Éditorial


Le deuxième sexe sells

par Katia Belkhodja


           « Hé, une pub de yaourt ! », aurait-on facilement pu s’exclamer devant une récente couverture du Nouvel Observateur featuring Simone de Beauvoir et son joli popotin dénudé. Mais on aurait eu tort, le sous-titre ayant tôt fait de nous rappeler que la nudité susmentionnée est tout à fait scandaleuse (!), surtout dans le contexte européen actuel. Parce que oui, on est loin de leurs revendications, mais sachez qu’en ce moment, la femme française se bat pour pouvoir montrer son corps. Si. Le Moulin Rouge, les vraies pubs de yaourt ou autres produits laitiers, ou de montres, ou d’essence, ou d’ordinateurs, ou de farine, ou d’eau minérale (enfin, de tout ce qui a un vrai rapport avec la corporéité féminine émancipée et jamais, au grand jamais instrumentalisée), de la poudre aux yeux, un sparadrap sur l’aliénation. La France féminine asphyxie sous un gigantesque niqab. Françaises et Séoudiennes, unissez-vous! D’ailleurs, j’ai une proposition pour la direction du Nouvel Obs, lancer cette même couverture avec Taslima Nasreen, au Bengladesh. Et aller l’y défendre en personne devant les kiosques, parce si c’est véritablement l’Émancipation qui les a fait défendre leur couverture avec les dents, à la direction du Nouvel Obs, et pas les chiffres de Vente, les fatwas seront aussi faciles à braver que la polémique. Non ?

On ne naît pas chaude, on le devient

           Parce qu’on aurait aussi pu s’exclamer, devant la même couverture : « Attends, elle était chaude, Beauvoir... » Parce que bien loin de moi l’idée de remettre en cause l’extrême pertinence des jolis culs d’auteurs en une des magazines littéraires, par rapport à leur oeuvre, que dis-je par rapport à la littérature. D‘ailleurs, rincez-vous l’oeil avec la nôtre, un Proust callipyge y trône, scandaleusement, s’étirant face à une fenêtre de Paris et vous lançant, lectrices, une oeillade assassine, naughty naughty boy. Je ne remets pas en cause, donc, hyper pertinent, bien vu, on avait raté cet aspect-clé de l’oeuvre qu’ont été ses fesses, mais je ne suis pas persuadée qu’elle aurait apprécié l’éclaircissement qui a reproportionné ses hanches, à Simone, ou l’estompage des rides au coin des épaules, ou le formatage général du corps (et des corps, d’ailleurs). Quand on s’attache à publier une image par ce qu’on clame comme un désir d’authenticité, on essaye de ne pas perdre toute crédibilité en la moulant aux goûts du jour.

Retour au bercail

           Revenons à nos dégels. Dirait le juge (ou le berger) dans Maître Pathelin. Ou plutôt, revenons aux frais afférents que l’administration de l’UdeM persiste avec un sourire angélique à nous faire avaler comme du sirop contre la toux (mais je m’égare). Aux hausses des cotisations SAE (services aux étudiants), malgré les protestations effarées des mêmes SAE qui réclamaient peut-être un dixième de cet argent. À l’unilatéralité d’une décision qui a été faite sans l’évaluation des besoins de l’université qu’avait réclamée les étudiants. Au refus de cette même université (la nôtre) à soumettre un plan de gestion acceptable au gouvernement du Québec qui débloquerait alors des fonds dont elle a, semblerait-il, besoin, et qu’elle irait chercher ailleurs que dans les poches des jeans de ceux dont elle fait si peu de cas. À sa hâte de faire cette augmentation avant que le projet de loi encadrant les frais afférents universitaires n’ait la moindre chance de passer. À ce côté grouillons-nous avant d’être inconstitutionnel et à la joyeuse atmosphère de légitimité qui en découle. À cet autre côté : et si on la cotait en bourse, l’UdeM, pendant qu’on y est ? Je sais pas vous, mais moi, je me sens fière. De mon administration, de mon rectorat, de mon université qui font tout pour augmenter l’accessibilité, la discussion, qui accordent tant d’importance à l’opinion étudiante. Mais peut-être les fenêtres de la tour sont-elles trop hautes pour qu’ils saisissent bien nos paroles, et qu’ils ne les confondent pas avec les bêlements des actionnaires.