À l’aube de ta mort, j’ai su combien tu serais magnifique dans mon souvenir.
j’ai détruit des ondes et des ondes de lumière avant le glissement complet
du sable entre mes doigts
j’avais prévu l’absence, mais pas l’immobile
pas ton corps bétonné cousu sous un drap pierre de lune,
pas les formes vides, pas les cases vides
pas les vides
mais ton fantôme dans mes cellules, oui
le chiffre arrêté de ta dernière chambre te classe dans un ordre indistinct
de civières
de revirements sanguins
de dérapages indélébiles
ta dernière chambre où tu as attendu que ton souffle marque au fer rouge un moi qui veut te fuir
et t’appartenir
quand j’ai entendu ton départ claquer la porte, j’ai su
j’ai su, vu, entendu
tous mes sens savent
que tu circules sous ma cuirasse comme un Richelieu pollué et grandiose
toi
adjacente à un fleuve historique qui s’écoule
goutte à goutte à l’intérieur, nappe souterraine dormant sur le qui-vive
j’ai ta sèche constance collée au bout des doigts pendant que tu vas et tu viens sans mot dire
j’ai ta fièvre colporteuse, ta sauvagerie d’hiver
des hordes de respirations coincées dans la peau
de celles que tu n’as jamais prises et qui étouffent
de l’air pour nous deux dans mes poumons saturés
j’ai tout ça mais surtout
des enveloppes oxygénées qui ne te parviennent pas
jamais
restent soudées sous la cage
trop pleine de ton chaos qui se matérialise pourtant
hyperventilation
mouvements automatisés qui se répercutent
derrière mes rétines offertes à ton passage, ces plaies ouvertes que mes yeux cachent si mal.
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tu viens souvent peupler mes rêves et tu raccordes le fil de mes idées comme une araignée tisse sa toile. Avec patience, élégance, agressivité.
Sous mes paupières, un piège se tend.
ta disparition me pourchasse et cogne à ma fenêtre toutes les nuits. Mais je fais la sourde oreille et l’œil crevé. Je préfère ton défilé spectral sur l’écran géant de ma voûte crânienne, anesthésiée par ce simulacre que tu pigmentes une fois l’heure venue.
tête lasse et lourde sur l’oreiller, pieds ballants au-dessus des souvenirs en contreplaqué couleur or, je guette ton approche. Tu es l’un de ces monstres imaginaires trop beaux pour être vrais.
et le piège continue de se refermer sur moi, ta voix en filigrane au réveil, ta voix trop vraie pour me faire peur.
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tu récupérais la maladresse des grandes voyelles vides,
les scènes mal huilées du quotidien
pour en faire des bribes d’enfances tricotées, des châteaux de cartes, des serpents, des échelles
des rondes harmonisées qui survivent à ton silence
parfois je cherche à t’imiter
illusion
mes mots noircis s’accrochent à toi, trop bêtes pour te chercher ailleurs
j’ai les fonds de tiroir grouillants de vermine faute de pouvoir t’enterrer
je regarde mon kilométrage augmenter sans cesse
je regarde le train de mon existence emporter ton souvenir sous les rails
pour en faire un cauchemar, une fuite au-delà de la hantise,
de l’hémorragie
tu crées en moi des bancs de neige amortissant le grouillement des vers
mes mondes obscurs te mettent à l’avant-scène, trop frileux pour encaisser la vague
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tu résonnes comme le son d’un violoncelle dans une caverne centenaire
j’ai la cervelle d’un enfant soldat
mutilée par le passage de cette guerre entre toi et l’armée de transfusions
je suis petite et creuse dans mon coin d’univers
je suis poreuse, couverte de callosités
de manques
tu as déposé des milliers de gestes
sous le couvert des objets t’ayant appartenu
des milliers de coups pour repousser l’adversaire
ta maison est un champ de bataille d’où chacun sort perdant
tes gestes se sentent partout, sans relâche
comme un bourdonnement si sourd qu’on finit par l’oublier
l’acouphène de ta mort résonne sans m’alerter
un baryton vibrant,
le son de ton néant comme une enveloppe de flanelle
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