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Création littéraire Lettre à K. par Cynthia Bolduc-Guay
Une partie de moi qui me manque, grugée, envolée, liquéfiée en picotements d'inquiétudes et de doutes... Je suis le vent vide et froid qui s'élance dans les cheveux roux des arbres, dans leur tignasse dorée, dans les feuilles qui se laissent tomber et que je soulève avant de les anéantir, vibrantes et crissantes au sol. Le grondement d'un nuage frisonne sous ma peau, je m'enorage, mon coeur frétille d'éclairs épeurants, mes larmes abondantes débordent derrière des yeux pourtant secs à force de rêver de soleil. Le gargouillement des pensées, les rêves diurnes en naufrage sur un petit bateau de bois, dérivant nul sait où vers un phare gigantesque qui brillait jadis, qui me guidait jadis. Le trottoir, des pas, mes talons qui résonnent sur mes sentiments de pierre, les assenant de coups, et ils se rappellent, ils se rappellent...Des points comme autant de mots en suspend, des lèvres suspendues et arrêtées dans un geste, comme si elles allaient dire «je t'aime» mais se refusaient, se refoulaient. J'ignore qui je suis aujourd'hui...Je guette des rivières de pierre et d'asphalte afin d'en oublier la mer, plus immense encore, je me débat avec un autre pour en oublier ton visage...
Je ferme les yeux et me réveille devant la fenêtre ouverte de ton sourire. Nous nous approchons sans rien dire, à pas calculés, se rapprocher tout en préservant la distance, tout en retenant la magie. Ne pas la tuer. Mais nous, l'un devant l'autre, c'est un tsunami de mots qui s'embrasent, entrelacent nos lèvres ensemble sans poser de question. Puis, main dans la main dans un petit hôtel blanc, une porte se referme, des mains se resserrent jusqu'à faire partie de celles de l'autre. Puis les bras, entortillés les uns dans les autres, puis les plaques de nos corps qui se pressent. Des tissus qui tombent comme autant de feuilles mortes, deux corps qui se dessinent des caresses hiéroglyphes dans la soie des draps de peau, des draps tout court, où nous nous endormons toujours seuls. PS. C'est le rêve qui m'est venu hier soir, quelques autres soirs aussi, et qui me reviendra probablement ce soir, ainsi que tous les autres soirs... |