Le Patin
Sports


Dans une telle situation
Le Roy est mort, vive le Roy !

par Éric Vignola


           Avant toute chose, je vous pose une question, vous avez à peu près une colonne et demi de lecture pour y répondre, la réponse étant la sujet de la dernière partie de ma chronique. Qui est l’auteur de ces deux superbes citations sportives : « Je ne peux pas entendre ce que Jeremy dit parce que j'ai les oreilles bouchées par mes deux bagues de la coupe Stanley. », « Peut-être que le Colorado devrait arrêter de repêcher des gardiens, ils devraient simplement les prendre à Montréal. » ?

           Le sport, ce n’est pas de la littérature. Ce n’est même pas de l’écriture. Et pourtant, certains sportifs commettent de la ««« littérature »»», et souvent de manière autrement plus spectaculaire que les littéraires eux-mêmes. Pensez à Jacques Demers, qui tient une chronique au Journal de Montréal, tout en ayant avoué, dans sa biographie, qu’il est analphabète. Pensez aussi au merveilleux site de RDS, qui nous offre des perles d’auditeurs assez exceptionnelles dans ses talkback. Lisons-en quelques-unes pour nous mettre en train.

           D’abord, un fan inconditionnel, bourré de poésie jusqu’à l’os : « Patrick Roy est un exemple pour moi, un exemple de courage qui me permet de croire que tout est possible. » Bref : Patrick Roy, c’est le petit chaperon rouge. C’est Cendrillon. C’est Mary Poppins. C’est James Bond.

           Ensuite, et finalement, parce que, hein, on a autre chose à faire, j’aimerais vous présenter un gars (étudiant à l’UQAM, c’est sûr) que nous, très nombreux chroniqueurs sportifs de journaux littéraires, aimons à appeler Proust 2, pour ses phrases démesurément longues. (Pour ceux qui ignoreraient ce dont il parle, il parle d’aller chercher un mauvais joueur québécois pour compléter un alignement montréalais plutôt bien garni côté plombiers.) « Gamache pourrais tres bien jouer sur le 3e trio de montréal ou le 4e sans...immaginez sa quelques instant, Latendresse Gamache et Lapierre sur le 3e trio a Montréal, pas que ses joeuurs sont nécessairement bourré de talent mais avoir une ligue complement franco si on va chercher le petit gars de Thetford Mines les 3 se donnerais a fond match apres match et a la limite on le garde comme réserviste et c'Est assurément un meilleur joueur que Garth Murray et est tout autant physique que notre cher Garth...gamache ne coute que 475,000$ par année et Toronto payerais la moitié de son salaire alors sa serait un excélent aubaine... prenez la peine de regardez sa...c'Est se type de joueurqu'il n ous faudrait... » (multi-SIC). Bref, écrivains, ravalez vos plumes, on ne publie rien de moins que des petites merveilles comme celle-ci à présent, même sur les sites de sport. Vous ne faites pas le poids, c’est évident. (Plus sérieusement, combien de nouvelles grammaires ça lui prendrait, à lui, pour apprendre à écrire ?)

           Passons maintenant au courrier du lecteur. J’ai reçu un mail fort aimable ce mois-ci, que je vous livre sans plus attendre : « ». Je n’ai qu’une chose à dire : merci d’avoir écrit, mais ça ne rejoint pas du tout le propos de ma chronique. J’avais l’intention, faisant ainsi de moi un original sans borne, de vous parler du trémandous débout de saison du Canadien de Montréal. Quelle solide performance ! Réussir à réunir un Russe (Alex Kovalev), un Tchèque (Thomas Plekanec) et un Biélorusse (Andrei Kostitsyn) sur un même trio sans que n’éclate une guerre civile, ça tient du miracle diplomatique. Sans compter que nous occupons le quatrième rang dans l’Est avec, comme premier joueur de centre, un nain finlandais comme on en trouve dans les histoires pour faire peur aux enfants. C’est à tomber sur le protecteur-fessier.

           Et Steve Bégin. Avez-vous vu Steve Bégin ? Non seulement il se lance, tel un ping-pong, d’une bande à l’autre pour ramasser des joueurs adverses en zone adverse (de la littérature sur glace, je vous dis), mais il a également lancé, sur la patinoire de la mode, sa propre ligne de vêtements, Grinder. Casquette, t-shirt, manteau léger, tout y est ! Et ce sont des vêtements de chilleux en plus ! C’est peut-être pour ça qu’ils ne se vendent que dans les Cages aux Sports (insérez ici une face mesmerisée)… (Eh oui, ils vendent des vêtements dans les restaurants maintenant. Arrivera bientôt le jour où on vous proposera d’acheter une tondeuse lorsque vous commanderez un Big Mac au service au volant. Qui a dit que la société de consommation, ce n’était pas à se rouler par terre ?)

           Mais la palme du mois va à nul autre que PATRICK ROY, l’auteur des deux citations en début de chronique, qui a publié sa biographie récemment. Je vous disais aussi que les sportifs faisaient les choses plus spectaculairement, plus intensément que les autres. Alors que la plupart des vedettes vivantes et relativement jeunes pour publier une biographie la font écrire par une personne « x » de leur entourage, Patrick Roy l’a faite écrire par son papa. Suis-je le seul à penser qu’une biographie, on écrit ça à propos de gens qui sont morts, ou à la veille de l’être ? Je veux dire, à moins d’écrire une biographie live sur Internet, à laquelle on peut ajouter les événements de la vie du fur et de la mesure. La faire écrire par son papa, c’est renier avec une certaine classe dans son arrogance, il faut l’avouer, le principe selon lequel l’autobiographie raconte LA vie d’une personne, et non pas seulement une partie de cette vie. Patrick Roy est-il en train de révolutionner un genre littéraire qu’on croyait bien assis à siroter un chocolat chaud avec des bébés guimauves dedans ?

           À propos, je me demande si Michel Roy a mis, dans son bouquin, les détails de l’altercation que Pat (permets que je t’appelle Pat, Pat ?) avait eu, au Colorado, avec sa femme, et où il aurait fracassé une porte. La réponse de Michel Roy, évidemment, reste la même que celle de tous les biographes : « J'ai voulu prendre la défense de la vérité. » La vérité des vainqueurs, celle de l’Histoire, bien sûr. Comme toujours. Ça ou la colonisation des Amériques… Patrick Roy, c’est Christophe Colomb.

           D’ailleurs, voyez un peu le titre de cette biographie : Le guerrier. Rien de moins. Ça me donne des frissons. Un guerrier qui gagne sa vie en jouant au hockey (le mot clé étant JOUANT), qui est payé des millions de dollars, qui possède une tribune médiatique suffisante pour être entendu de millions de personnes s’il le désire... Ça ou Attila, ma foi, j’hésite ! Sans compter que, dès le début de la présente chronique, Pat avait été identifié comme un exemple à suivre, opinion corroborée par le principal intéressé, lorsqu’il parle de sa biographie : « Je me suis rendu à l'évidence que c'était bien fait et que cela pourrait servir à des jeunes. » Non seulement est-il le petit chaperon rouge, Cendrillon, Mary Poppins, James Bond, Christophe Colomb, Attila, il est aussi Achille, Hercule, Zorro, Ben Laden. Dans une telle situation, la profondeur symbolique et mythologique de Patrick Roy ne peut plus, il me semble, être remise en doute.

           Le sport, en plus de toucher à la grammaire, à la politique, à la mode, à la société, à l’histoire, à la mythologie, se voudrait-il littéraire ?

           Qui a dit que le sport, ce n’était pas de la littérature ?






Les dix prédictions mensuelles de Ted
en chiffres romains !


I. Tom Kostopoulos sera nommé joueur offensif du mois, avec une production de XV buts.

II. Guillaume Latendresse va faire son coming out.

III. Les Prédateurs de Nashville vont déménager à Laval.

IV. Peter Forsberg va recevoir une greffe de rate, et redevenir le meilleur joueur au monde.

V. Cristobal Huet va faire la grève, maudit Français !

VI. Saku Koivu va se prononcer contre l’éducation gratuite pour les gens qui s’inscrivent dans les associations étudiantes.

VII. Jacques Demers va recevoir un doctorat honorifique ès lettres de l’UQAM pour l’ensemble de son oeuvre.

VIII. Sydney Crosby va publier son auto-biographie bilingue intitulée : My life, mon acné.

IX. Saku Koivu va envoyer chier Pauline Marois en français.

X. Les Nordiques vont gagner la COUPE STANLEY !