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Actualités Des styles séquestrés par Éric Vignola et Katia Belkhodja
Cinq écrivains ont été kidnappés par les professeurs de l’Université de Montréal, hier, tard dans la nuit.
Il s’agirait de Marie-Claude Blais, Marie Laberge, Arlette Cousture, Claude Beausoleil et Guillaume Vigneault. Des sources non-officielles nous auraient informés que lesdits écrivains seraient emprisonnés au huitième étage du pavillon Lionel-Groulx de l’Université de Montréal. Leurs ravisseurs menaceraient de les exécuter sommairement si les policiers tentaient de s’infiltrer dans l’édifice. Les professeurs exigent que les cinq écrivains cessent d’écrire immédiatement, et qu’une motion officielle soit votée à l’Assemblée Nationale pour qualifier leurs œuvres de « wanna be » littérature. « Il est primordial pour nous de montrer au peuple ce qui est de la littérature, et ce qui n’en est pas », affirme un professeur, sous le couvert de l’anonymat. « Ces… personnes… ont commis un crime face à la littérature, et c’est notre devoir millénaire de protecteurs de la parole écrite de les punir. » Par leur geste, les professeurs espèrent promouvoir un usage responsable de l’écriture dans la société. « On ne peut pas faire ce qu’on veut avec la langue », affirme un autre professeur, toujours sous le couvert de l’anonymat. « Imaginez que votre mécanicien fasse n’importe quoi avec votre auto, ou que votre médecin pratique de la médecine populaire avec votre pancréas. Vous ne seriez pas très content, non ? » Les porte-paroles d'Amnistie internationale se sont d'abords dits outrés par la séquestration d'écrivains, mais on leur a vite expliqué que ceux-ci n'étaient pas des prisonniers d'opinion, mais des prisonniers de style. Guillaume Vigneault a reçu une lettre de sympathie de Michel Kilo, écrivain syrien auquel Amnistie l'avait jumelé. Lettre que ses tortionnaires lui font étudier et pasticher encore et encore. « Le pire, c'est les cris », disent les voisins. Les classes du septième étage auraient déclaré avoir entendu des voix hurlant l'incipit d'À l'ombre des jeunes filles en fleurs et des cris de terreur en réponse à ces voix. « Paulin Gagne, Antonin Artaud, tout y passe », nous dit une étudiante. On réveillerait les écrivains la nuit pour leur faire écrire des textes, déchirés au matin par leurs tortionnaires découragés. À ce jour, le dossier n’a pas progressé. Les professeurs auraient, dit-on, utilisé des mots trop savants, que le négociateur de la police n’aurait pas compris. On serait à la recherche d’un traducteur dans le corps policier du Québec, de la France, et de toute la francophonie, mais jusqu’ici, les recherches n’ont pas porté fruit. Une lutte à finir entre le savoir et le peuple. ![]() |