Le Pied qui voque
Création littéraire


Un mois

par Jean-Philippe Payette


Un mois.
Ça fait un mois que je t’entends partir
Un mois que ton ombre s’agrandit dans la cage d’escalier.
Que tu prends tes affaires
Que tu prends la porte
Que tu tournes à gauche au coin de la rue et que je te perds
 
Que je te perds
Comme on lance un avion de papier au fond de la nuit
 
Un mois que t’as sacré le camp en oubliant ici ton odeur, ton écharpe et tes mégots qui s’éternisent là comme des aiguilles plantées sur la peau de ma mémoire.
 
Un mois que le ciel porte la même chose
Qu’il traîne ses nuages
Ses nuages qui avancent comme des oies lourdes et fatiguées
Ces oies qui gueulent comme je crie dans mon oreiller, comme je crie dans les traces laissées par ta nuque
 
Un mois que je crie contre les murs, un mois que je te parle tout bas
Que je te parle comme on récite un verset embué
Un mois que je te tutoie dans le vide au bord de ma fenêtre
  
Un mois que le ciel, chaque jour, surprend mon regard
Un mois qu’il m’entend épeler tous les noms que j’ai pu te donner
Un mois qu’il acquiesce poliment
 
Un mois que je passe cigarette sur cigarette
 pour enterrer les tiennes
pour me fabriquer une aura de cendre
Pour me faire enlacer par les volutes                  en attendant.
  Un mois que je prends mon café au coin de la rue
Et j’y écris ton nom sur les napperons de papier pour apprendre à t’écrire en lettres détachées.
 
Un mois pour faire de ton nom
 
un cortège.  
 Excuse moi si j’ai l’âme croche
Si j’ai l’âme comme les murs de ma chambre
Si  j’ai la peinture défaite
Si  je suis un portrait oublié
 
Tu as enfanté une rupture, mon amour
 
Un mois à en finir avec mes ongles
À m’égrainer le bout des doigts
À salir de carbone 14 la ligne trop discrète  de mes amours.
Un mois que c’est      fini






Le photo-roman « Un Mois » sera présenté à la prochaine soirée Kino qui aura lieu le 9 Novembre (Exceptionnellement le 2ième Vendredi du mois). De plus, il est disponible sur le site internet du photographe Jean Malek, dans la section « Narration », où il est lu notamment par l'actrice Karine Vanasse (Emporte-moi, Ma fille mon ange).