Battant des Pieds
Chronique musicale


ESKER MICA

par Alexandra Lattion


          Café matinal avec Jean-Philippe Payette, chanteur, parolier et guitariste du groupe et étudiant au département.

Questions de définitions

Esker : Accumulation de matériaux fluvio-glaciaires présentant l'allure d'une chaussée à bords raides, généralement sinueuse.

Mica : Matériel translucide, calorifuge, incombustible, inerte.
         En finnois : « quoi »


Démo : La peur du froid

           Ils sont quatre : Jean-Philippe Payette, Jean-Francois Larouche, Yannick Gingras et Jean-Francois Laurin. Ils ont tous évolués au sein de différents groupes, s’y cotoyant souvent, avant de former Esker Mica, il y a maintenant un an. Ils fréquentent assidûment la scène montréalaise. « Notre inspiration provient de l’indie-rock au sens le plus large possible. On est toujours à la Sala Rossa, à la Casa del Popolo.», confirme Jean-Philippe.

           Leur musique à la fois folk, rock et atmosphérique rappelle, lorsque soumise au jeu des comparaisons, autant Bashung, Mogwai que Bell Orchestre. Le choix d’Esker Mica comme nom reflète d’ailleurs ces ressemblances, tant au niveau de l’exploration sonore que du caractère poétique des textes. « Nous voulions avoir quelque chose d’un temps soit peu nordique mais aussi hors définition. De la même façon, tout le travail au niveau du texte en est un de sonorité, pas nécessairement de propos ou de sens. »

Nous avons vu noyé le corps de l’homme

           Lorsqu’une formation s’inspire du destin tragique de Roland Giguère pour créer, on ne peut en venir qu’à causer littérature. « Dans Esker Mica, il y a vraiment une visée poétique. Il n’y a pas beaucoup de groupes dans le milieu alternatif qui portent une telle attention au texte », précise Jean-Philippe. Et aux autres langues serait-on tenté d’ajouter. Hiljentyminen, un joli morceau en finnois qui vient compléter le démo, illustre cette préoccupation. Un premier voyage en Finlande à l’été 2002 a grandement inspiré le chanteur.

           Cette fusion des univers est révélatrice d’une approche toute particulière. « Quand j’ai commencé à travailler plus sérieusement les textes en sachant qu’on s’en allait vers cet univers musical là, je me suis demandé comment la langue québécoise sonnait aux oreilles des étrangers. Je voulais couler la langue française dans notre univers musical qui est quand même très anglo-saxon. La poésie permet de tordre ainsi la langue. » explique Jean-Philippe.

           Toutefois, il faut concevoir les textes dans un cadre plus large, duquel participe leur poésie. Bien qu’ils recèlent de fortes images, leur interprétation très narrative les transporte ailleurs. Ainsi, « (...) les textes viennent après. Je trouve important qu’ils s’insèrent dans notre univers musical. Notre musique est un travail sur le paysage et les textes doivent s’y coller, venir le compléter. » Par exemple, Hiljentyminen lie à merveille ce souci de faire résonner les mots tout en les inscrivant dans ce paysage sonore. La chanson décrit une manifestation culturelle et religieuse finlandaise. À Noël, les habitants d’un même village défilent avec leurs lampions jusqu’au cimetière pour honorer la mémoire des soldats morts au combat. Cet événement au pouvoir évocateur indéniable se transpose richement en musique.

Un bricolage pour la fête des mères… qui tourne à la radio

           C’est ainsi que Jean-Philippe décrit l’intérêt grandissant pour leur démo La peur du froid, enregistré en quelques heures, « Ce n’était pas supposé décoller vite comme ça. Mais, d’un autre côté, c’est un peu comme ça depuis le début. Par exemple, lors de la période d’inscriptions pour les Francouvertes, on avait trois ou quatre pièces de La peur du froid qui étaient terminées. On a envoyé notre démo en se disant qu’on recevrait des commentaires et qu’on pourrait alors travailler sur nos points faibles. On n’avait pas d’expérience de scène et puis, surprise, on est retenus ! », se rappelle Jean-Philippe. Tout a ensuite déboulé. Bande à part de la radio de Radio-Canada les a contactés. Puis, ils ont tourné à Espace Musique avant qu’une critique de La peur du froid apparaisse sur le site de l’émission. Entre temps, L’hiver est magnésium, leur premier single, jouait sur les ondes de CISM.

           Donc beaucoup de chemin parcouru depuis un an. Esker Mica s’apprête maintenant à se produire dans le cadre du Coup de cœur francophone. Vous pouvez les retrouver dans la série Au cœur de la nuit consacrée à la musique émergente et présentée à l’Escogriffe. Avec un nouveau membre, Jean-Frédérique, au piano, ils nous réservent une surprise. « Notre son est maintenant beaucoup plus rock. On a beaucoup parlé de notre sensibilité folk, mais sur scène et dans les enregistrements à venir le seul élément folk qui demeure, c’est la guitare acoustique. » De quoi passer l’hiver en attendant la parution de leur premier EP, attendu début 2008.