Le Pied de Nez
Éditorial


Les coquelicots

par Katia Belkhodja


           Avant toute chose, arrêtons-nous un instant de cette mi-session mouvementée même si post-semaine de lecture, en ce 29 octobre 2007 pour se souhaiter les uns aux autres Juayöz ulusal bayram türk ! En d’autres mots : une bonne, une excellente fête nationale de la Turquie à tous et à toutes ! Voilà. Maintenant qu’on a rendus fiers Mario Dumont et Pauline Marois, on peut continuer. Enfin, est-ce qu’on peut vraiment continuer ? À savoir. Quand on est aussi préoccupés par l’état de l’éducation post-secondaire que par celui de la planète … Parce qu’on est en crise, on l’aura compris : allez au secrétariat du département, détournez la photocopieuse, faites… une photocopie. Voilà, et l’université fait faillite, c’est la petite goutte d’encre qui fait déborder le budget. Et le gouvernement se réfugie dans la symbolique. Si. Parce que le dégel des frais de scolarité, on appellera ça comme on voudra, mais colmater une brèche de quelques milliards de dollars avec environ 75 millions, ça reste de l’ordre du geste symbolique, c’est à la limite du quichottien, poignant d’inutilité. C’est comme un groupe de vingt personnes qui va jeter des glaçons dans l’océan pour freiner la fonte glaciaire, c’est joli, mais on a vu plus efficace. Alors, nous, en tant que littéraires, on comprend, on dit : on a un gouvernement artiste, arrêtez de vous insurger, c’est beau, c’est du désespoir, c’est Beckett, il attend Godot, on voit que ça. Mais d’aucuns vous diront peut-être qu’endetter la jeunesse, c’est diminuer le pouvoir d’achat des consommateurs dans dix, vingt ans, qu’hypothéquer l’avenir économique pour ne pas même arriver à maintenir le présent… Et pendant qu’on y est, les gens qui se rappellent de 1994 se demanderont pourquoi le gouvernement fédéral qui "a réduit de façon draconienne ses transferts en espèces aux provinces et aux territoires." (Source.) selon les ministres de l’éducation ou de l’enseignement post-secondaire de toutes les provinces et territoires du Canada qui écrivaient au ministre des Ressources humaines et du Développement social (Godot), ne se remet pas à transférer de l’argent aux provinces pour leur enseignement post-secondaire, si ça a si bien marché jusqu’en 95. Quitte à refiler la facture… Mais mieux vaut ne pas enquiquiner le fédéral qui a d’autres problèmes : tant d’afghans et si peu de temps. À vacciner contre la polio, bien sûr, question que les membres arrachés aux petits corps explosés soient des bras et des jambes sains, l’aide internationale ou le monopole de la mutilation. Oh la délicieuse inconséquence. Tant de causes et tant d’asphalte à piétiner. Indignations déambulantes : gratter la colère sous l’enfance. Escalades de moyennes indifférences. Et nous laissons macérer les coquelicots de la révolte.