English submersion anglaise


, p. 16-19.

Je vais mourir.

Faut que je sorte d’ici. Que je sorte. Dans une heure. Dans une heure, ça va être fini, je vais pouvoir fly away. An hour. À attendre subtilement les signes de la fin. Le nez étampé dans la fenêtre embuée de ma chambre. À watcher. Avec mon souffle qui se condense sur la vitre. Inspiration. Expiration. Inspiration. Inspiration. Inspiration. Inspiration. Expiration. Expiation. Une bruine d’anxiété, une crise qui me brouille la vue. Je vois plus rien. Je veux sortir d’ici, partir, partir loin. J’étouffe dans ma peau. Mon corps qui se resserre autour de moi. Chrysalide de panique. Calme. Faut que ça se calme. Dès que ça se calme… If it ever does. It’s only five before eleven, but it’s so dull and gloomy outside that it might as well be the very end of the world as we – I, Je – know it. La fin de mon monde. L’exil existentiel à l’autre bout du universe. Apocalypse en plein après-midi. C’est à se demander what the hell was dans ma tête quand j’ai décidé de faire ça. De déménager là pour étudier six bloody months. Are you mental, que je me demande maintenant. Une heure, merde. Je suis déjà agonising. J’ai rien ici. Rien, rien rien rien.

Respire, fille, breathe.

Respire.

Juste une heure. Il faudrait que j’essaye de penser à d’autre chose, mais j’ai le feeling qu’halluciner sur Narnia pis Harry Potter ou mes petits écrits de fantasy, ça m’aidera pas trop. An hour. J’ai les pieds qui me démangent, qui kickent, et les mains qui laissent des traces sur les vitres à côté des marques de mes narines. Je devrais bien regarder ailleurs, mais le flou du dehors est mieux que l’angoisse du dedans. J’ai déjà passé la moitié de l’avant-midi en tête à tête avec mes murs d’asile psychiatrique. Glamour. Je pourrais lire, aussi. Ou écrire, tiens dont. Tu as les profs qui nous disent d’écrire, en anglais s’il vous plait, pour s’immerser un peu, pour faire passer le jet lag et le homesickness et la boringness. De tenir un diary, to keep a journal. Pour gérer nos émotions et nous débroussailler les idées. Comme si j’en avais besoin. Ça m’a jamais aidée, râler ma vie sur papier. Better doing it in that little head of mine! Je commence déjà à avoir le feeling que la moitié de ma tête marche en français, et que l’autre roule en british english. En sens inverse. Accident de la route mentale. Méchant clash.

Une heure à marde. En fait, dehors, si je regarde bien, on dirait vraiment que le monde a disparu. Il pleut des chats et des chiens, comme ils disent ici. C’est le déluge, et ma fenêtre a beau donner direct sur la Cam River, je la vois même pas à travers le brouillard. Je suis juste dans le cliché bien raide. It’s thickening, surrounding me, le cliché, il essaie de m’étrangler. It reeks like an horror movie. Il manque plus qu’un petit fantôme pour finir le tableau, et pour achever de me rendre folle. BOUH! Ça pourrait être beau si c’était blanc argenté. Mystical, même, avec des volutes de brume flottant au-dessus de l’eau, s’enroulant autour des piliers du pont qui enjambe la rivière. Mais en ce moment, on dirait juste une peinture opaque, d’un vieux gris plate. Boooring. Je vois rien. C’est comme quand je suis arrivée two days ago. Quand j’étais dans l’avion, et que le pilote de British Airways nous racontait qu’it’s half past six in the morning, qu’it’s currently 20 degrees, et que welcome to London we wish you a pleasant stay. J’ai stormed off des toilets like a hurricane, j’ai plaqué mon visage contre le hublot en espérant avoir une breathtaking vue de la city. Et j’ai juste vu nothing but an horribly thick haze. Welcome to London, qu’il disait. Well I coundn’t see a thing. Bien sûr. Maintenant, si je m’écoutais, la prochaine étape serait de me prendre pour Sherlock Holmes ou Oliver Twist, de sortir de ma chambre pis d’aller marcher dramatiquement dans la brume En me déplaçant comme une espionne. Avec la musique d’ambiance, tant qu’à faire. Mais je serais pas prête à affirmer que l’Angleterre est le pays du brouillard infini et de la pluie corrosive. Dire ça, c’est aussi silly que de penser qu’il neige eleven months a year au Québec. Bien honnêtement, quand je suis débarquée à la gare de King’s Cross, une heure après être partie de l’aéroport d’Heathrow, le soleil était violent. On aurait dit que le toit de verre au-dessus des quais était un diamant trop poli qui me burnait les yeux. Méchant renversement de décor. En juste une heure.

Juste une heure. Mais là, il pleut encore. C’est un cycle, it comes and goes. Ça va être fini plus tôt que tard. Dans une heure. Juste une heure. La température ici est bipolaire, elle switch de la pluie au soleil tout le temps. Si tu es organisée, tu penses à apporter tout le temps un parapluie avec toi. Au cas où. Le ciel est hypocrite, il hésitera pas à te changer en chien mouillé juste parce que tu as passé cent ans à te faire les cheveux avant de sortir. Le trouble est que j’ai no parapluie right now. C’est pas que je suis mal organisée. Ok. Peut-être. Mais je suis passée par la Suisse, chez mon amie genevoise avant d’arriver en Angleterre. Fait que j’ai perdu mon parapluie chez eux. Well, it drowned in the lake Léman en face de chez eux. Il s’est rebellé, l’umbrella, il est descendu au fond des choses sans ma permission. And I wasn’t able to catch it on time. Sink sank sunk. Le pire est qu’il a flotté un peu avant de se prendre pour le Titanic, juste pour me narguer avec sa petite face quadrillée. Pour être sûr que je me souvienne de sa fuite. Histoire que je regrette raide de pas l’avoir rattrapé quand je serais face au temper de la température british.

Une heure. Juste une heure.

Ça fait deux jours que je suis arrivée à Cambridge. Et que je regrette le parapluie. Je me tourne les pouces dans le fond de ma chambre dans Clare College. J’attends que la pluie se tanne avant moi. Je chie des taques contre moi-même. Je braille ma vie. Le temps passe vraiment pas vite. J’ai l’impression de virer folle. Je me connecterais bien sur Skype pour parler – chialer – à ma mère, mais il est que six heures du matin à la maison et l’appeler la ferait juste capoter. Cinq heures de décalage, ça donne vraiment le feeling d’être sur une autre planète. Comme si j’habitais plus dans le même monde. Exil total. C’est weird. Tout paraît être reviré de bord. Du genre, ici, le monde conduisent certainement pas on the right side of the road. I nearly threw up the first time I got into a taxi. I felt like we were going to crash in another car every single time we turned. Funny enough. Mais les voitures sont pas admises dans le City Center de Cambridge. Juste les bikes sont permis. Ce qui peut sembler nice la première fois – Yes! on peut se tenir au milieu de la rue principale du City Center sans se faire run over! PARTÉ! Mais j’ai trouvé assez vite que les vélos étaient encore plus dangereux que les chars. Parce que les chars, au moins, tu peux les entendre arriver! Un vélo c’est sournois, comme la température ici, quand tu le vois, il t’a déjà rentré dedans. And then you get a free visit of Addenbrooke’s hospital. Because when in a foreign country, you’ve got to experiment everything and visit every single building. Genre.

 

Anyways. Je donnerais pas mal toute présentement pour être dehors. Un vélo qui m’écraserait, ça changerait le mal de place. Dans une heure…

 

 

Ah pis. Fuck la pluie. I’m out