Le cuivre a eu tes eaux avant moi (poèmes en fugue comme musique de chambre)


, p. 46-48.

Je demande une chance
quelques mots comme des souffles
pour entendre une voix.

Pas la mienne.
Parle-moi.

René Lapierre

 À Chantal L.

des voitures renversent des flaques de pluie.
dans l’obscurité du sous-sol on croirait toujours la même.
contre l’oreiller j’écoute un appel où tu me dirais :
je t’attends où je t’ai toujours attendu.

l’amour aurait notre propre violence aux lèvres
je sortirais te rejoindre sans la peur de tomber malade
et nous prierions de disparaitre pour des années.

 

*

 

il n’y a pas de fenêtre
assez ample d’inhaler
par un grand poumon ferreux
toute la vie que tu me donnes.

tes nœuds de vaisselle couchés sur ma nuque
entre mes bras une machine ronde
se lamine au ciboire de ma marche
dans la ville qui t’enregistre terrestre
et impatiente en son limon opaque.

*

au plus tard de cette dense attente des mots
je parle une langue foraine qui m’ignorait avant toi
le sol s’ouvre à ma guise pour me surprendre sous tes bras
je m’ébruite dans l’eau forte d’une nuit sans manteau
des amis m’envoient la main ils me reconnaissent.

*

l’aube dans ta respiration
mon heure qui s’achève
quand les camionneurs
parlent de toi au futur
j’en suis au commencement
de ta ligne qui répond de tout
un rail de peau me suit jusqu’à ta voix

garde-moi dans l’enveloppe du monde
je me tends à nous.

 

*

 

la nuit imperméable une ruée très calme
ce qu’elle passe à bruire ses torrents de cour arrière
je peux quémander ta voix de confesse tes épaulées ajourées
l’épreuve des lèvres à me chanter si tu savais où ça s’éteint
tu étais ici près du terrain de balle
les trains grondaient une dernière fois
ils ont presque posé des affiches.

depuis je suis recouvert de ta peau
ta mémoire accoure à l’avenir de mon âme
e ne brise plus au noir de l’été.

 

*