L’heure énamourée


, p. 59-60.

Mes yeux suivent le va-et-vient
de ta main voyageuse
un arc de désinvolture
entre ta cuisse et ta bouche
tes longs doigts
ta cigarette caresse, tendre
à dix heures, à midi
dévouée

amour ponctuel

Au fil de tes inspirations,
le papier blanc
emprunte à tes lèvres ornées
leur rouge cayenne charnu
empreinte de ton crime dans
les fibres,
ancrée
humide et sèche
de ton haleine
féconde

Circulation soufflante
sanguine
tes mouvements t’échappent
en volutes de fumée
t’entourent
manteau de fourrure bleutée
t’enveloppe entière, te cajole
odeur d’épices
de luxure,
de cachet

Effluves chatouilleux
en ton corps
tes narines expirent les
tourbillons de ton intérieur
de ta bouche à mes lèvres,
en chemin vers mon centre,
essence rougie

Le magma brumeux fait geindre
mes cordes hétéroclites
en ces vapeurs brûlantes,
solides
braises insoupçonnées de ton souffle
happent ma gorge :
cacophonie

Quintes et croassements
la fumée cahote mes poumons
cambre mon corps
de vitupérations pestilentielles
tes auras ouvragés,
mes escarpements dégringolant,
percussion impitoyable
du brouillard

Persiste, place les parcelles
sur ma panique pulmonaire :
pullulement buccal grinçant sur
mes dents
grimacent les yeux,
plissés

Je respire profondément ton poison,
cramoisi
ton cactus dans ma gorge,
tes dards de cent guêpes
ton rouge me saigne