Coup de cafard


, p. 40-43.

Je ne suis ni forme ni technique
Mon instinct est maître unique
De ces paroles lacérées.

Des maux qui ne se posent pas en prose :
Qu’en phrases sporadiques
Saccadées
Sans véritables fin ni point
Comme des émotions trop vives
Trop salées
Qu’on ne peut capturer qu’en fragments
Minces portions humaines
D’une aigre faiblesse
Lancinante.

Cette solitude sans cesse secouée
Repoussée par le cœur, certes
Mais prônée par la tête
Parce qu’on s’y complaît
Loin de la clarté,
Qu’on y dort bien
Le soir venu
Et qu’on cherche
Encore et toujours à combler
Car illusoirement
Ce défi donne un sens
À une vie meurtrie par l’ennui.

Calvaire puis catharsis éphémère
On relâche les petites tensions
Puis on serre les mâchoires
Sur un bonheur chimérique
Provisoire.

Pause.

En ces brefs instants
De lucidité scripturale
J’écris au-delà des mots
Des pensées fissurées
D’où découlent d’infimes parcelles
De cette vie que je ne connais pas encore.

Plus étourdissantes que l’ivresse
Elles s’efforcent de percer
Ma parure de tous les jours,
Celle qui cherche à exprimer
Mes ambigüités incurables
Avec de l’encre et du papier

Et ces mots, emprisonnés entre deux lignes
S’entraident pour échapper
Aux misères de la fin :
La fin d’une phrase, d’une strophe, d’une vie
D’un ennui.
Je les laisse ruisseler à leur guise
Mais d’un œil terne je découvre
Qu’ils sont voués, tout comme mon être,
À se cloîtrer
Entre deux coupures.