Lèche ma plaie, elle est profonde


, p. 60-62.

la poussière tapisse mes veines
et je ne me sens plus maîtresse de rien pas même la tienne

les ombres poursuivent mes contours mais ne me pénètrent pas
ne m’embolisent pas

j’aurais aimé ne jamais savoir
ce que c’est que d’avoir froid aux os

 

 

 

 

 

vrai qu’il est dur de
croire
que pour le mieux se peut

liquide dans cette mer de roc j’épouse
ta honte bleue

et je regarde mes pieds couler vers les fragments de nos nuits

 

 

 

 

 

des aiguilles surpiquent ce qu’il me reste de peau et les jours s’empilent
indifférents
aux petits lagons qui constellent mon ventre

ils ont sillonné
le gouffre de mes douleurs sans voir
les éclats de catastrophes

les aurores sont seules a magnétiser les possibles

Il n’y aura pas d’autre appel


, p. 48-49.

tous les fleuves brûlent
 
nous mirons leur feu comme le dernier poème possible
l’inachèvement inévitable
habitant un peu plus nos corps glissant seuls
 
sur les rives de ce qui n’est plus
 
notre pays
 
***
 
les remous ne se tairont pas
la lumière a froid
elle grandit dans notre blessure
 
il y a sur mon front toutes les fièvres du monde
mais il n’y a de vrai que tes meurtrissures
et les absences sourdes
 
amères de tout ce qui se boit
 
il aurait fallu abattre ça avant
avorter anesthésier les consciences
 
mais il a toujours été question de nous
noués à l’époque des marches lourdes
dans les draps de ce que tu as toujours su
 
que les phares
comme les cartes
sont brouillés
 
 
il y avait mes oiseaux pour pleurer au fond là-bas

Il existe un autre nord


, p. 50-51.

les aubes amères sont indicibles

prisonnières

de moi

tu me regardes te hanter
je sais quels trains filent dans tes pupilles salies
ceux qui sont partis
enfouis sous une neige-fossile

je te regarde me déconstruire
une fleur explosée dans le vide écœurant
enlisée dans la boue d’une saison
froide et éparpillée

je suis sans-reflet au pays des miroirs

rien ne sert de serrer
les poings
les dents

la légèreté s’en est allée avec le dernier des oiseaux

* * *

j’ai respiré tout ce qui est interdit
la poussière sale les crachats inconnus

en vain

j’ai perdu un peu
de ce qui ne m’allait plus
ce que personne
ni toi
n’avez jamais demandé

la sarabande des impossibles

malgré le vide
les limbes de l’aube accusent l’immensité morte
la lande de tout ce qui est déjà pourri

une mosaïque dans l’indéchiffrable

mais ma prière gît dans l’absurde
un cri jamais né

désert de neige sur les paroles vaincues

je me réveillerai
quand le sang se sera évanoui
quand la terre sera amnésique

il n’y pas d’envol pour ceux qui n’oublient pas