Bain sauvage


, p. 38-39.

tes mouvements chassent
d'une nudité qui devine
greffée à mon âge
j'aurais mis ta tête à prix
du squat jusqu'aux bernaches
en faisant l'amour
dans l'avance des proies
et l'immense journée du bois à fendre

 

l'effet des neiges
faire un exemple du corps
te survivre rire à mort
comme une boîte son exacto
j'ai écrit wolf pack
jusqu'à ce que tu m'aimes
le piège de faire icitte la mort aux trails de ski-doos et d'appels je te tiendrais boréale
à geler là
à prier sous la table
que la battue s'organise
pour retrouver ton sexe
le chevreuil
ta langue
le sabot en plein ventre 

Oratoire


, p. 43.

forêt j’ai la chienne fusillée
de la fin orignale sur ta face
les épiphanies à froid
la route de tous les éboulements
nous prions peut-être en émeute
et je jure un peu
que je monterais à genoux
les marches de l’oratoire
en mille bêtes pour atteindre
tous les camions de la brink’s que t’as en toi
la grande baise impossiblement
cheveux carouges te harnacher en maison
comme nous attendons tout de nous
il ne me reste que de meute
qu’à force j’écorche l’agité 

Gaspésie


, p. 44-45.

tes phares traquaient la bête
sur la route les morts d’étoiles
cognaient aux portes de l’auto
avec quelque chose de la terre entre les dents
on devenait sans miracle
j’apprenais ton nom la débarque
tes repousses de détresse au ventre
et la veine ouverte des bandits
prise par la chienne en plein ciel

sous l’œil de la neige on ne se connaissait pas
dans la grande maladie des outardes
cible du chasseur j’avais
à peu près crevé tranquille
cette terre dans mes épaules notre débarque

*

et les jaurès abattus en face du jour
cette lumière dans l’œil la dévorée
se couchait sur le vol du siècle
dans un échec de vivre en neiges

comme une langue perdue j’imagine
tes coutumes de trêve
la défaite des bateaux de pêcheurs sur la ville
en constante traversée des feux de la saint-jean
le spectacle de ton corps

La traversée


, p. 49.
tes yeux étaient le tissu des indiens
contaminés par amherst une rue
qui dresse les adieux
pour la suite du monde on fumait
à bout portant avec
la face longue comme une évidence on parlait
les matins en otage je t’appelais
klondike sans histoire
les deux pieds dans la rivière
c’était à s’imaginer comme ça qu’on avait volé
l’invention (du tragique)
une vraie traversée de fantômes avec des
     laurentides les laurentides
sur l’accotement

Suite pour habiter


, p. 45-47.

bancs de lumière
qui à l’idée des points de
suspension forgent le silence
dans le désert de l’odéon
 
***
 
et pessoa réfléchi par
tous les carreaux des vitres
d’une place en étoile bonne
à fumer des cigarettes
 
***
 
on a peut-être fait le tour de nos accroires
on cherchera des sols à chablir droits au corps
dans l’inconfort des funambules
les matraqués de raisons de vivre
 

Cinéma


, p. 44.

cinéma si nos yeux se fixaient pris dans une
faim d’animal instable et régulière c’est
une fumée de cigarette irrécupérable l’élan se
brise se colle aux vitres sans idée de ceux
regardant la même image sans idée
ailleurs et là exil en rétine puis le
technicien montre avec plus d’absence que
l’on peut voir la sortie de secours il s'agit peut-être
remplis de détours de se traquer de jours frileux
et puis si tout ça allait
de futur
en rumeur de langage
pour
notre défense

Suite à la jetée


, p. 52-54.

s’empêcher de respirer pour
se perdre en mer blanche on n’a
absolument rien pour vivre ailleurs qu’ici
avec les mêmes mots pour le dire

* * *

repenser les mains unies
en feuilles tombant de rire sur l’aile
d’une carrière désertée de ses
mois de mai à la ronde de nuit

* * *

le bleu traçant des croquis
et des esquisses de lunes
paul-marie j’appelle
et vous êtes mort en coquillage