Dans les veines


, p. 6-9.

l’odeur du fixatif
le flash de la caméra
les mains sur ma robe
qui lissent mes fesses mes seins encore
et encore la robe
sans le moindre petit pli
éblouir le photographe
ne rien pouvoir dire

mon manteau rouge
dans la nuit
les rires avec léa
arrêtés par l’automobile noire
les vitres teintes baissées
l’homme sur la banquette arrière
are you girls eighteen
la panique ma main
écraser celle de léa la tirer
vers les néons
d’un bloc appartement
raconter cette histoire pour impressionner
les garçons de secondaire deux
oui il y avait un hôtel juste à côté
c’était un pimp c’est sûr

tenter d’oublier à tout prix
la porno
les putes
nelly arcan
ne pas oublier
ni la porno
ni les putes
ni nelly arcan

les photographes les instructions ense à ton chum — pense à brad pitt — pense au sexe
que tu n’as jamais eu
tu as quatorze ans — simule l’orgasme
sur ta bouche

les nuages du petit matin
nos sacs de voyage sur le dos
seules dans la rue
avec le lonely planet
le vrombissement sourd d’une motocyclette
dans les veines
la motocyclette ralentit vite emma
entendre le cri l’ignorer
emma qui tremble
trembler ensemble
être prisonnières de la rue
aux portes fermées à clé
ma colère contre
les bretelles spaghetti
d’emma

les douaniers américains
are you a model — are you polish — are you russian
avec mon passeport canadien
entre les mains

 

les talons trop hauts
la folie en backstage entre deux robes
à la vitesse du chat
dans le hangar froid
pas le temps de cacher mes seins
ni de regarder
les sourcils
les langues
les regards
peut-être hétéros
derrière leurs flashs

la culotte courte le chandail noir
mes yeux d’alien
sur les pages glacées du clin d’œil
la fureur froide de mon chum
tes cuisses à la vue de tous
c’est de la pornographie
non thomas tu te trompes
c’est un maillot de bain
et c’est de l’art
plus tard jacob qui dit
il y a un blog sur toi regarde
imagine tous les hommes devant
ta culotte courte
ta bouche d’orgasme
non jacob tu te trompes
ce n’est pas de la pornographie
c’est de l’art

 

je n’ai pas oublié
l’encre rouge
sur mes travaux universitaires
les écrivaines et les écrivains
est lourd
en français le masculin domine