A masterpiece


, p. 27-29.

« Enwaye, ma grosse câlisse. » Ouch. « T’aimes ça, mon ostie de tabarnak. » Ouch. « M’a t’en mettre quatre, hein, ouf, m’a t’en mettre quatre, tu vas déchirer. La belle p’tite plotte, a va déchirer. Ouf, ouf, ouf. » Ouch. Un, deux, trois, claque dans face. Ah, cibole. Ça fait toujours mal.

C’est comme ça que j’répète mon texte, que j’répète ma personnalité prémâchée. J’suis dans une pièce de théâtre, pis j’suis un personnage cheap, j’suis toujours un personnage de prostituée cheap. Ça les excite, une belle prostituée cheap. Tu peux la décâlisser, tu peux l’envoyer valser, sur du Chopin, sur du Mendelssohn, sur du Bad Religion, ou bin sur du Madonna. Eh. J’suis cheap parce que j’coûte rien, j’goûte rien, j’le jure. J’coûte pas un rond, j’goûte pas une rondelle d’oignon. Mon cadeau, c’est quand tu me craches dans bouche. C’est quand tu me tapes la noune. C’est quand tu me touches le fond de trou de balle trop troué par ton trop gros batte. Anyways, c’est tout le temps la même affaire qu’y veulent. Qu’y veulent… Qu’y veut, j’devrais dire. C’est tout le temps la même personne, c’est pas tout le temps la même queue par contre, mais elle se rattache toujours à la même personne. Monsieur Patate du pénis. J’enlève tes bras, tes jambes, ton chapeau, ton nez, tes yeux, ta bouche, mais oh! que j’garde donc ton pénis. Ton beau pénis interchangeable. Petit, long, gros, mince, épais, picoté, décoloré, découpé.

Toc. Toc. Toc. Oups. Y’est là. T’es là. Ciel, mon mari! Doux Jésus Joseph de Dieu de Marie de la Sainte-Mère du Seigneur des Miséricordieux. J’entre en scène. « Enwaye, ma grosse câlisse », que tu dis. « Allô », que j’réponds. J’fais juste pousser le mot du bord de mes lèvres, un tout petit coup de pied dans le cul du « Allô ». Le mot que j’pousse en bas du précipice de ma bouche, qui me pitche tout le temps dans l’action, qui me souffle le reste de mon cruise control. « Allô ».

« Couche-toé. Pis farme ta yeule. »

Encore une face entre mon sein gauche pis mon sein droit. Encore une tache égrainée sur mon corps pleins de grains de beauté. Des taches brunes sur une peau blanche, ça décide de ta beauté. Bin oui, ta mère t’a jamais dit ça. Plus t’es tachée, plus t’es belle. Plus t’es belle, plus tu te colles à d’autres taches. Pis lui, pis toi, vous êtes collés là. Ça suce comme les poissons qui tètent la vitre de leur aquarium dans les animaleries. C’est laitte, ces poissons-là. Mais ça fascine. Ça me fascine. Ça me fascine-tu parce que c’est pris entre quatre vitres pis que j’peux cogner dessus pis mettre mon doigt sur sa bouche en trou de ventouse sans qu’y m’aspire?

« T’aimes ça, mon ostie de tabarnak. »

J’aime ça en tabarnak. Watch-moi bin aller, watch bin mes seins, le gauche pis le droit, se faire aller. Watch bin le lap dance que j’suis en train de te donner. V.I.P. à soir mon homme. V.I.P. à soir mon beau poisson bizarre.

« J’ai dit de la farmer, ta yeule. Mais ouvre ta bouche, ma belle salope. »

Ma belle salopette. C’est ça que j’mets. Tout le temps. Ma belle salopette. Clip, clip. Les bretelles prennent le bord. Le bord de mer, le cœur sur le bord des lèvres. Shlang! La salopette qui tombe à terre. Pis j’suis tout nue. Nudité instantanée. Nouille instantanée. J’en ai plein à manger, on m’en crisse dans bouche comme si j’criais famine, comme si mon corps rebondi à force de bondir et de rebondir sur une nouille bien tendue, criait : « J’ai faim d’amour, mon beau poisson bizarre. Laisse-moi parler d’amour, mon beau poisson étrange. C’est à mon tour, c’est à mon tour. » Mais j’peux-tu crier? Penses-tu, que j’peux crier… J’ai toujours la bouche pleine de nudité.

« M’a t’en mettre quatre, hein, ouf, m’a t’en mettre quatre, tu vas déchirer. La belle petite plotte, a va déchirer. Ouf, ouf, ouf. »

T’as pas les yeux plus gros que la panse, hein. Mon vagin te suit où tu vas. Woufwoufwouf. Y bouffe tes doigts comme tu bouffes mes seins. Avale les deux, my strange fish dont j’me fiche bin raide. Avale-moi les boules, avale-moi la bille. Avale-moi la boule de gomme. « Mets pas ta bouche là » que ta mère devait te dire. « Eat the candy off me » que moi j’te dis. T’as-tu pris des condoms, tu prends-tu la pilule, t’as couché avec combien de gars, tu la prends-tu dans le cul, le prends-tu mal si j’te bang dans le cul, prends la dans tes mains, prends la dans ta bouche, prends-la donc, enwaye prends la donc. Prends la.

Un, deux trois… PATACLOW !

Ah, cibole, ça fait toujours mal. C’est tout le temps tout ce qui me reste, une main étampée dans face. Ah, non. Bin non. Y’a le spouich! pis le sploutch! Y’a ce qui coule, ce qui découle de mon ruisseau de personnage cheap, de ma rivière à poissons. Le matériau qui construit d’autres beaux poissons tout aussi étranges. Ça reste dans ma serre de poils, dans mon jardin sexuel, ça va faire du beau, ça. Ça va faire a masterpiece. J’le sculpterai mon autre beau personnage cheap à moi. Celui qui va rester parce que veut, veut pas, y sera enraciné en moi. Taillé, tailladé par des pénis interchangeables. Un Monsieur Patate juste à moi, mais un Monsieur Patate pas de pénis interchangeable. Lui, y pourra pas pêcher. Y’en pêchera pas des comme moi.

« Tu te passeras une guénille par là.

  • Hein, comment ça?
  • Si tu l’enlèves pas, ça va croûter.
  • Tu veux pas que j’le laisse là? Ça t’excite pas? Tu veux pas que j’garde un beau souvenir de toi?
  • Crissti de folle. Une chance que tu parles pas pendant qu’on fait l’amour. »

Faire l’amour? J’ai eu d’la bave, du sang, du sperme, d’la marde dans le vagin, mais de l’amour? De l’amour dans le vagin, ça goûte quoi quand tu te liches les doigts après?