C.


, p. 62.

des nuages électroniques            frappent le ciel de Berlin dépourvue d’idylles
            de Berlin à feu et à sang         des mélancolies au synthétiseur rythment
       les déhanchements      dégradants
toutes nos photographies de famille baignent dans le kérosène 
         car jamais tu n’as été aussi magnifique qu’en cette journée de ton départ 
      d’étranges sons guident mes pas le long de ma mémoire          le cran de sûreté
enfin relâché          les colères les regrets ainsi liquidés je dois abattre tout
ce qui s’est infiltré entre nous          j’ai visité ces usines d’armement abandonnées 
         je me suis recueilli dans tous les cimetières de la ville          je n’y ai trouvé que
ton spectre          jamais plus que les échos de mon imagination 

Déjeuner avec Pasolini


, p. 64.

violence sexe meurtre art fluides menstruels déjeuner illuminé par ta présence inerte des taches de rouge d’œufs quelques tranches fraîches de jambon sur un nid de morpions tes cuisses brûlantes gardent au chaud mon café deux sucres deux crèmes (ceci est un constat matinal de solitude avancée) de vils serpents ont volé toutes les lettres de l’alphabet il ne me reste plus qu’à boire mon bol de lait car quelles autres solutions peut-il bien me rester mes parties génitales sont asexuées elles n’ont pas de genre sont effacées sans utilité comme deux toasts sur le bord d’une autoroute après l’Apocalypse tu tournes tes yeux ensanglantés vers moi les mots m’échappent dis-moi qu’est-ce que tu ferais s’il s’agissait de notre dernier jour sur cette Terre avant qu’elle n’entre en collision fatale avec la Mélancolie dis-moi qu’est-ce que tu ferais oserais-tu affronter cet amour mort-né que je porte au fond de mes intestins pourris est-ce que tu t’enfuirais encore pour aller mourir seule dans les bois te cacher dans les racines d’un arbre en décomposition ne m’abandonne pas maintenant tu es déjà partie que notre histoire n’a même pas encore commencé de quoi as-tu peur lorsqu’il fait nuit j’entre dans ton lit comme un cadavre dans son cercueil je ferme les yeux pour ne plus voir que ton visage difforme et radieux pendant cent vingt jours tu n’as fait qu’écrire sur des milliers de feuilles le mot salaud salaud salaud salaud salaud salaud dans des calligraphies plus sales les unes que les autres et je suis sorti dehors quelques instants pour discuter avec le Marquis j’étais triste à en perdre mon anglais il ne reste plus rien du tout de ton passage chez moi même pas ton sourire d’enfant j’ai siroté ma caféine pendant de longues heures l’hiver a eu le temps de s’installer entre-temps et j’en ai fait des popsicles deux sucres deux crèmes tes cuisses avaient disparu ce soir-là j’ai pris le volant et j’ai rêvé d’aller m’écraser contre l’horizon enfoncer la pédale au fond et ne plus penser qu’à ce sentiment de vide le vertige s’est emparé de moi et la voiture s’est élevée dans les airs pour ne plus jamais redescendre laissant refroidir au milieu d’une assiette de fleurs un copieux déjeuner