Exponentiel


, p. 38-39.

 – Shit! Viens-t’en! Rentre là-dedans pis fais pas de bruit!

J’aurais tellement dû rester couché à matin. Mieux, j’aurais tellement dû étudier mes maths comme du monde à la place de me pointer ici. Là, je suis pogné en bobettes dans une garde-robe. En. Bobettes. Dans. Une. Fucking. Garde-robe. J’ai mon voyage. Je pensais pas que ça pouvait vraiment arriver, des affaires de même. Il me semble qu’on voit juste ça dans les mauvaises comédies romantiques. Mais là, ironiquement, je trouve ça ni drôle ni romantique. Oh, merde, j’entends des bruits de pas qui viennent du couloir! Si je me fais pogner, je suis mort! Quelque chose vient de passer devant la craque de la porte. C’était quoi, ça?

 – Salut ma belle! Pis, ta journée, pas trop rushant?

Je la vois, avec ses grands cheveux blonds en bataille, embrasser celui qui l’a appelée chérie. Je suis dans la marde. Je fais un pas en arrière. TOC! Je me cogne la tête sur le mur du fond. C’est… c’est pas un walk in, hein. C’est vraiment pas un walk in. C’est vraiment pas grand, c’est minuscule, plein de linge, ça sent trop le détergent, ça… Les murs! Les murs! Celui de droite pousse sur une paire de jeans, celui de gauche, sur une robe rouge. Ils se rapprochent. Trop vite. Ben que trop vite. Où c’est que j’ai atterri, christ? Je sue. Je sue comme un malade. Je sens les gouttelettes se former sur mon torse, sur mes tempes, partout. Quelque chose vient se coller sur ma joue. La paire de jeans! Me semblait qu’elle était pas si proche tout à l’heure. Qu’est-ce qu’elle fait là? Va-t’en! Je respire trop vite, il y a pas assez d’air, pas assez de place, pas assez d’air pis pas assez de place. C’est quoi ça! Ça s’entortille, ça me serre, ça m’empêche de respirer. Je tire, je tire comme je peux sur ce qui m’étrangle. C’est une ceinture de cuir, qui s’enroule autour de mon cou, pendant que les jeans glissent devant mes yeux, que les murs se rapprochent, que les souliers me cassent les orteils, que la manche d’un chandail de laine essaie de rentrer dans ma bouche. Je veux crier, crier que je me fais bouffer par la garde-robe, que ses habitants sont en train de m’assassiner, que c’est le jeans le chef de la gang. Je me débats. Je donne des coups, je mords, je déchire, j’arrache, je pousse avec le peu d’énergie qu’il me reste sur les murs qui m’écrasent. La porte s’ouvre. Enfin. La lumière me brûle les yeux. À bout de forces, je m’écroule sur la moquette. J’ai juste le temps de voir la face de Katherine et celle de son mari se pencher sur moi. Tout devient noir.

Ça m’apprendra à me faire ma prof de maths pour passer ma session.