Les cloches sonnent rue Saint-Denis la morose


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Les cloches sonnent rue Saint-Denis la morose
quand je passe la porte et l’escalier qui accouche
sur la rue où tout jette son ombre de travers.
Sonnent les mots ramassés derrière la fumée
de mon regard en volutes.
Je sors pour dire, pour dire quoi? des choses et d’autres
qui me plaisent, que dans tes yeux c’est vert de colline, que
Saint-Denis c’est quelque chose qui abime.
Mais y a-t-il encore des mots pour parler de la campagne et à l’autre?
je ne sais que de pauvres poèmes
amas de quelques lettres à peine.
Dans quelque livre qui me traîne le long de la rue je lis
ces mots à demi regrettés.
Ces mots miel, vin et bruit de grande fête.
Mais les cloches sonnent rue Saint-Denis la morose et
mes cils sont lourds parce qu’impudeur de temps nu,
de temps rien à faire. Maudit soit mon silence plus sonore
que les cloches d’église.
J’allonge les mots comme la rue se prolonge, et puis la nuit;
nuit de pans de murs sans lucarne.

Les cloches sonnent rue Saint-Denis ma muse
et je réponds à l’appel.
Je cherche un langage
comme on cherche à renaître.