Air condensé


, p. 39-40.

si près

à seulement une forêt

une femme

tachetée d’ombre

de café et de sable

d’hier la cave pleine

la picossée

use en réserve

ses mains cousues d’hivers

 

le cœur en bœuf

zébré

de ragoûts en soupir

se vide du temps à battre

ne reste plus

que les histoires tenues par les dents

 

ses lèvres accordent un nom

l’air d’un déjà-vu

le sens l’impression en souvenir

une mouche insaisissable

 

pensée

qui se repose

sans cesse

pique

 

elle est assise et m’obsède

le vent pour et contre nous

sans reproche

l’égrène sur ma joue

 

moi j’oublie les manières

la curiosité enfouie les questions sauvages

les yeux sans pudeur

une corneille qui épie

nos restes

 

chuintent nos souffles condensés

nos poumons pareils contre l’hiver

nous serions nues que nous serions la même

à quelques générations opacifiées

 

tu portes ton corps sans le vêtir

tous ces plis ces animaux engloutis

dont il ne te reste que la peau

dans ton trou de terre

trop grasse avalée la bouche tranquille

entends-tu leurs cris