Une nuit d’pleine lune


, p. 35-38.

C’était une belle nuit d’octobre. Le ciel était éclairé, car la lune était pleine. Il ne faisait pas trop froid, mais le coupe-vent était tout de même nécessaire. Il était quelque part entre onze heures du soir et quatre heuresdu matin. En vérité, l’homme ne le savait pas. Il vagabondait depuis déjà quelque temps. Dans la veillée, il avait participé à une soirée de stand up comique dans un bar de cette petite ville et cela s’était très mal déroulé. L’humour absurde ne fonctionne pas avec tous les publics et celui de cette soirée-là en était un avec lequel ce genre d’humour ne fonctionnait visiblement pas. L’homme avait fini son numéro avec une envie de s’effondrer… peut-être que l’humour n’était pas pour lui, songeait-il. C’est dans cet état d’âme qu’à la fin du spectacle, il était sorti du bar et avait erré dans les rues de cette petite ville. Il n’avait pas de montre; il ne savait pas du tout l’heure qu’il pouvait bien être. Il pensait avoir vagabondé pendant au moins trois bonnes heures lorsqu’il aperçut ce petit café toujours ouvert. Vu l’heure tardive, il en fut très surpris, mais ne se posa pas de plus amples questions et il y pénétra. À l’intérieur, il prit place sur un tabouret devant le comptoir. Derrière celui-ci, une quinquagénaire essuyait des verres et le regardait sans dire mot.

« Bonsoir », dit-il. Il n’eut d’elle qu’un léger hochement de la tête en guise de réponse. « Euh… un café, s’il vous plaît, demanda l’homme.

— Avec quoi d’dans?

— Seulement noir.

— 2 piasses 50. »

Il lui donna trois dollars et lui dit de garder le tout. Elle lui servit le café avec le même air exténué. Il la remercia et tenta aussitôt d’engager la conversation.

« Euh… Qu’est-ce que ce sera?… J’sais pas. Qu’est-ce que tu veux bouffer, Al?… J’sais pas. J’sais pas ce que je veux bouffer. »

En disant cela, il imitait la voix de trois personnes et changeait sa tête de direction lorsqu’il changeait de réplique. La dame le regarda étrangement et finit par dire bêtement : « Oui, oui… si vous voulez.

— Non, se dit l’homme en lui-même, visiblement Hemingway ne fonctionne pas avec cette dame. » Il baissa les yeux et continua à siroter son café en silence. C’est alors que la porte s’ouvrit brusquement et qu’un vieil homme pénétra le café en essayant de reprendre son souffle. « Ginette, dit-il, ton petit Maurice s’est encore saoulé avec son ami Pierre. Ils sont étendus dans le caniveau à rire comme des fous. 15 ans, ma foi du bon Dieu… »

Il s’arrêta subitement lorsqu’il s’aperçut de la présence du client. Celui-ci s’était arrêté de boire et les regardait parler. Voyant qu’il les gênait dans leur conversation, il se retourna vers son café et prit une gorgée. La discussion reprit aussitôt. « Il faudrait pas que Michel les pogne. Il est en service ce soir, dit le vieil homme.

— Bah… c’est pas gra… »

La dame fut interrompue par un sapement venu du côté de l’humoriste. Aussitôt, elle se déplaça et se dressa droit devant lui. Celui-ci, sentant sa présence, releva tranquillement la tête jusqu’à ce que ses yeux rencontrent ceux de la dame. L’ombre de celle-ci le recouvrait entièrement. Elle commença ses reproches : « Monsieur, vous me dégoûtez, j’ai envie de vomir. Vous ne connaissez pas les bonnes manières? Où avez-vous été élevé? Sortez de mon café immédiatement… vous me répugnez! »

L’homme bégaya une riposte incompréhensible. La sueur lui coulait du visage. Il ne s’était pas attendu à une telle attaque. Mais il se ressaisit et la colère prit la place de la stupeur. Malgré cela, aucun mot ne venait. Sa bouche, ouverte, n’émettait aucun son. Par contre, celle de la dame ne souffrait pas de ce mal. « Sortez! et je ne le répéterai pas! » acheva-t-elle tout en lui pointant la porte.

Rouge de colère, mais ne pouvant toujours pas parler, l’homme, sans réfléchir, but son café d’un trait – se brûla l’intérieur de la bouche, mais fit comme si de rien n’était -, se dirigea ensuite vers la porte et trouva le moyen d’exprimer ses émotions par le geste… un majeur levé adressé à la dame. Cela fait, il sortit du café et claqua la porte. Ginette et le vieil homme regardèrent avec indifférence cette sortie et, après quelques instants, continuèrent leur conversation. « Alors, qu’est-ce qu’on fait pour Maurice? demanda le vieil homme.

— Bah, laisse-le, répondit Ginette, c’est de son âge et si Michel le pogne et veut l’enfermer pour une nuit, eh bien ça ne peut que lui faire du bien.

— T’as probablement raison… Allez, j’vais m’coucher. Bonsoir, Ginette.

— Bonsoir Gustave et te fais pas de bile. »

Le vieil homme se retira. La dame rangea la tasse dans l’évier, lava le comptoir et se remit à essuyer ses verres.

Les aiguilles de l’horloge continuaient leur ronde. Le calme était tellement plat que le bruit de celles-ci dans leur déplacement se faisait entendre à chacune des secondes. 1380 de ces bruits plus tard, la clochette de la porte retentit à nouveau. Deux hommes en chemise, cravate et pardessus entrèrent, enlevèrent leur chapeau et s’assirent sur les tabourets devant le comptoir. « Visiblement, se dit Ginette, c’est la soirée des inconnus. »

Après avoir salué la dame, l’inspecteur (car c’est ce que les hommes étaient) qui semblait être le chef expliqua leur venue. « Madame, dit-il, nous poursuivons un voleur. À 15 h 20 exactement, il a cambriolé une caisse pop. dans un village plus au sud. Il avait volé une bagnole, mais il a dû s’en séparer… panne d’essence. On a retrouvé le véhicule sur le bord d’une route non loin d’ici. Il s’est probablement réfugié dans cette ville pour la nuit. Comme vous êtes le seul commerce ouvert à cette heure, on se demandait si vous n’auriez pas eu affaire à des individus suspects dans le courant de la soirée. »

Ginette répondit qu’effectivement elle avait eu affaire à un homme suspect et elle donna la description de l’humoriste. Elle n’oublia pas d’ajouter qu’il était « bien mal élevé ». Tout concordait, ils prirent donc le témoignage de Ginette et sortirent à la recherche de l’homme. Il ne pouvait pas être bien loin, il n’avait environ que 25 minutes d’avance sur les inspecteurs et tout était fermé à cette heure.

Les deux hommes ne marchaient que depuis quelques minutes, lorsqu’ils entendirent rire à quelques pas d’eux. Ils s’approchèrent tranquillement du bruit et c’est alors qu’ils virent deux jeunes hommes complètement saouls étendus dans le caniveau. Les deux inspecteurs se consultèrent du regard et, d’un accord tacite, décidèrent d’agir. Ils prirent chacun l’un des deux jeunes par le collet et le soulevèrent du sol. Après, ils les brassèrent légèrement et commencèrent un discours en duo sur les bonnes valeurs donnant une bonne société. Les deux jeunes, complètement saouls, écoutèrent sans chigner. Ils ne sortirent de leur stupeur qu’au moment où l’un des inspecteurs leur cria : « Maintenant, allez vous coucher, p’tits morveux! », signifiantla fin du discours. Ensuite, les inspecteurs se remirent en route et lorsqu’ils ne furent plus dans le champ de vision des deux jeunes, ceux-ci se regardèrent et, après quelques instants, ne purent s’empêcher de rire aux éclats. Par la suite, profitant de leur mise sur pied, ils marchèrent quelque peu et, en titubant, ils se rendirent jusqu’au café de Ginette et y pénétrèrent.

« Maman d’amour! cria le premier jovialement en entrant, un café bien corsé, et que ça saute! » Ensuite, ils allèrent s’affaler sur la banquette de la table située face au comptoir et à droite de la porte en entrant.

« Mais, t’as pas honte, Maurice? Te saouler comme ça à ton âge! s’exclama Ginette, en s’adressant à celui qui l’avait appelée Maman.

— Bah, il faut bien que jeunesse se passe. Hein? P’tite maman d’amour! rétorqua-t-il aussitôt. »

Ginette apporta deux tasses et les posa sur la table. En retournant chercher la cafetière, elle dit : « Une chance, Maurice, que ton père t’a pas vu… il est en service ce soir. »

Les deux jeunes se regardèrent et, une fois de plus, pouffèrent de rire. Ginette lâcha prise. « Bon, vous allez boire un café et ensuite, hop! À la maison et au dodo… il est tard. Je ne crois même pas que je devrais vous donner un café à cette heure, dit-elle.

— Bah, bah, bah, allez, verse, Ginette-ette, t’as mis d’la brume dans mes lunettes! »

La dernière partie fut chantonnée sur l’air de la célèbre chanson, ce qui fit sourire Ginette. Elle versa ensuite le liquide dans les tasses.

24 minutes plus tard et le café bu, la clochette de la porte retentit à nouveau. Michel, le policier, entra. « Bon, j’vous pogne, vous deux, dit-il, j’ai vu Gustave tantôt… ils sont dans un bon état ton fils et son ami. Hein, Ginette?

— Bah, tu sais Gustave, commença Maurice, il faut que…

— … jeunesse se passe, l’interrompit aussitôt Ginette, tu l’as dit tantôt, Maurice.

— Oui, mais là c’tait pour ‘Pa. »

Michel se redressa, voyant l’état plutôt drôle des deux jeunes; il avait plutôt envie de rire que de sévir. « Allez, les jeunes, j’vous ramène », dit-il.

Non, il n’était pas fâché; ce qui exaspéra légèrement Ginette. Elle le garda toutefois pour elle.

Lorsque Michel s’apprêtait à sortir, un autre homme entra et salua les gens présents. Il alla ensuite s’asseoir devant le comptoir et demanda un café. Ginette le lui servit et l’homme la paya avec un 20 $ tout neuf, ce qui fit réagir Ginette. « Eh bien, dit-elle, un beau 20 $ tout frais sorti d’la presse.

— Eh oui! » dit l’homme en souriant.

Sur ces paroles, Michel, précédé par les deux jeunes, sortit. « Bye Ginette, dit-il, je reviens te chercher tantôt.

— D’accord, Michel, bye-bye. »

L’homme s’enquit aussitôt de la relation entre elle et le policier. Ginette lui dit que ce dernier était son mari. Une petite discussion de politesse s’ensuivit entre client et serveuse. Cet échange dura une quinzaine de minutes. Après cela, le client la remercia et sortit du café. Ginette ramassa la tasse et essuya le comptoir.

20 minutes plus tard, les deux inspecteurs revinrent. « Non, Madame, dit le même qui avait parlé la première fois, c’n’était pas lui. »

Ginette n’était pas plus surprise qu’il n’en faut et leur offrit un café. Ce qu’ils acceptèrent.

La discussion se poursuivit. « Non, j’vous l’dis, continua le même inspecteur, c’n’était pas lui ce soir, mais demain aprèm’ au plus tard, on le pogne… les petits bums comme lui se font toujours pogner dans un délai de 48 heures.

— Vous avez bien raison, répliqua Ginette, mon mari est policier, il me raconte des histoires…

— Dites donc, Madame, l’interrompit l’inspecteur moins bavard, j’ai les poches pleines de monnaie, voudriez pas m’l’échanger, s’vous plaît?

— Bien sûr, répondit-elle. »

Et il lui tendit deux billets de 5 $ et l’équivalent de 10 $ en petite monnaie. Aussitôt, Ginette lui remit le billet de 20 $ du client précédent. « Et voilà… tout droit sorti de la presse », ajouta-t-elle avec le sourire.

L’homme lui sourit à son tour, la remercia et rangea le billet dans son porte-monnaie. À ce moment, deux jeunes humoristes de la soirée de stand up comique entrèrent, complètement saouls. Pour eux, leur numéro duo avait très bien fonctionné. Ils entrèrent, chacun avec le bras par-dessus l’épaule de l’autre, et l’un d’eux cria : « 2 cafés extra amphétamines! » Et ils se mirent aussitôt à rire bruyamment. Ginette poussa une bouffée d’air par le nez… « Visiblement, se dit-elle, c’est à coup sûr la soirée des inconnus. »

En transe


, p. 29-32.

Un bureau, des stores baissés, une petite lampe allumée, un homme avec une moustache à la polonaise assis sur une chaise, un cigare fumant dans une main, une porte fermée, un coup frappé sur une porte fermée – Entrez! –, une femme entrant dans un bureau avec un visage légèrement soucieux – Te voilà, enfin! –, un sourire en coin, un dos qui se redresse, une main dans une poche, de l’argent dans une main, de l’argent lancé avec mépris sur un bureau – Déshabille-toi –, deux hommes cagoulés entrant dans un bureau, un fil de pêche, un regard apeuré, un visage virant au rouge – Lombard! C’est nous, les autres! –, un visage virant au bleu, une femme terrorisée, des lèvres fermées, un corps d’homme mort, deux hommes fuyant et une jeune femme, toujours restée dans son coin, paralysée par la peur. Les rayons du soleil levant se frayant un chemin étroit à travers des stores baissés.

Une ville, des rues, des policiers, des citoyens, des policiers arrêtant des citoyens, des prisons bondées, des rues, des gens révoltés par toutes ces arrestations, ces mêmes personnes descendant dans les rues, des vitres brisées, des magasins pillés, des cris, des drapeaux rouges, des policiers, des matraques, des gaz lacrymogènes, plus de cris, quelques pleurs, des fenêtres fermées, des gens apeurés, des enfants blessés, du feu, des coups de feu, des roches, encore plus de gens et un couple d’amoureux dans une chambre remplissant deux valises de vêtements et d’argent.

Une décapotable rouge roulant à toute vitesse sur l'autoroute, un homme allumant une cigarette, une femme jouant avec une ficelle de son gilet rouge, des rires amoureux, deux valises posées sur le siège arrière, une pancarte affichant un orignal, un orignal, un virement brusque, plusieurs tonneaux au bord de la route, une voiture complètement détruite et deux corps. Un homme qui, malgré ses blessures, respire, un homme qui panique à la vue d’un corps de femme inerte et sérieusement amoché, des supplications à celle-ci – Reviens-moi, reviens-moi, ne me quitte pas, Laura! Laura, non! –, des pleurs et un homme étreignant un corps inerte. Le plan qui recule et nos héros qui finissent comme un vague souvenir.

Des portes qui s’ouvrent, les rayons du soleil qui pénètrent une pièce en même temps qu’un homme, des journalistes déjà présents. Des portes qui s’ouvrent, les rayons du soleil qui pénètrent une pièce – Monsieur, répondez, répondez! Que comptez-vous faire avec les… Tout ce que vous devez savoir sur moi, c’est que j’aime mon pays et plus aucun problème ne subsistera. Des portes qui s’ouvrent, une pièce, un homme avec une moustache à la polonaise qui entre en même temps que la lumière du jour – Lombard. Et le scandale de l’année dernière? Cette femme morte… Tout ce que vous devez savoir sur moi, c’est que j’aime mon pays et plus aucun problème ne subsistera. Suffit! Je rentre… merci Messieurs et venez demain à la place Saint-Pierre; je parlerai plus longuement. Au revoir, Messieurs, et écrivez bien à vos papiers : votez Lombard! —, un rire, un pas dans la direction opposée, un salut de la main, un autre homme, un arrêt, une tête penchée, une oreille à l’affût – Bien joué, Monsieur, mais… si vous me permettez, il faudrait leur dire beaucoup plus de concret… –, un regard – Paul, non, non, non, des moutons mon ami, des moutons! –, un homme continuant son chemin et un autre restant debout, l'air soucieux.

Un homme à l'air soucieux s’allumant une cigarette dans le hall d’entrée d’un hôtel luxueux – Mais quel con, celui-là! –, un homme avec un col roulé arrivant près du premier, une main retenant un bras qui s’apprêtait à ranger un briquet dans une poche, la main d'un homme rapprochant de sa bouche où une cigarette est accrochée la main tenant un briquet, une cigarette allumée – Merci –, un homme qui sort sous les yeux ébahis d’un autre, une femme avec un gilet rouge qui entre, un homme qui sort de sa stupeur – Ha! Enfin! –, l’homme qui rejoint la femme et un couple qui sort côté jardin.

Une place publique (Saint-Pierre), Lombard entouré du peuple et serrant des mains reliées à des bras qui, eux, sont reliés à des corps qui, avec quelques autres composantes, forment des gens, Paul à côté de Lombard, des chuchotements et des hochements de tête, les sourires de Lombard lancés aux entités formant la foule – Merci et n’oubliez pas : près du peuple maintenant, près du peuple toujours –, d’autres sourires et d’autres poignées de main, STOP… un homme s’approche, nous, nous le voyons, Lombard sourit, UN COUP… un couteau, un bras retenu par Paul, une foule d’hommes capturant l'assaillant, celui-ci criant – Lombard, on n’a pas besoin d’un dictateur, le peuple se souvient de ton passé, un homme ne change pas, je n’ai pas réussi, mais un autre te punira et ta politique totalitaire se taira avec ton vil besoin de pouvoir, LOMBARD, un autre te punira! –, une foule abasourdie, un homme avec une moustache à la polonaise rajustant sa cravate, d’autres poignées de main avec un sourire, mais un sourire inquiet, cette fois. Une journée qui s’achève et une nuit qui commence.

Une pièce sombre, une horloge, un tic-tac, un homme avec un col roulé, deux hommes portant chacun une veste bleue, une salle, un smog de fumée de tabac – Messieurs, il faut s’en occuper, maintenant! –, des poings fermes, d’autres gestes, des sourires approbateurs, la suite de la discussion inaudible pour nous suivie des rayons annonçant l’aube, qui mènent les trois hommes à se disperser.

Une femme en imperméable rouge sautillant dans les flaques d’eau comme un enfant, un petit rire de femme et un petit sourire d’homme ne montrant aucune dent à cause d’une cigarette prise entre ses lèvres. Le même homme qui suit la femme, cette dernière regardant souvent par-dessus son épaule pour voir si l’homme la suit toujours. Une marche qui se poursuit, une pluie achevée, un geste, une cigarette éteinte sous un talon, un rictus, un regard en arrière, une course folle, une accolade et un baiser. Un nuage qui revient suivi d’une nouvelle averse, de petits cris, une seconde course folle se terminant sous un palier d’hôtel. Un rire, un homme et une femme se regardant dans les yeux, un être prenant dans ses mains le visage de la personne aimée… un plan qui se termine avec un fondu au noir.

Des portes qui s’ouvrent, un homme entrant dans une pièce remplie de gens debout, dont Lombard et Paul – Monsieur, le peuple vous a élu avec 58 % des voix! –, des cris de joie, des pleurs de joie, de la musique, des acclamations – Lombard ! Lombard ! Lombard ! –, celui-ci souriant – Vous avez fait le bon choix! –, un poing levé, d’autres cris de joie, d’autres danses et un serveur avec un air dévasté qu’il tente en vain de réprimer.

Un bateau naviguant en plein fleuve, des vagues se brisant sur les rives, un homme debout sur le bateau, des cheveux flottant au vent, un air fier, une moustache à la polonaise, un drapeau s’agitant et un moteur en marche qui couvre tous les bruits de la terre.

Une automobile explosée, une colère, un geignement sur le bord de l’autoroute, une femme morte dans les bras d’un homme bien vivant qui n’a jamais aimé un être plus fort qu’à cet instant, le plan qui recule tranquillement, un homme qui se lève, un homme qui se met à marcher maladivement, des pleurs qui coulent sous ses yeux sur ses joues et ensuite sur son menton, un silence, un humain qui tombe sur ses genoux et qui se tire les cheveux, des larmes qui s’écrasent sur le sol et… /