J’avais ce regard de feu qui dort


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dans la tête plate de la nuit
les morceaux de mon corps
      se gèlent
et rompent sous le pas des autres
j’essaie d’atteindre
la naissance de mes brûlures
dans ce froid qui a l’élan
de ce qui pousse au fond de moi

des artères d’alcool s’épandent
et tes yeux ne respirent plus
c’est presque comme si tu m’aimais

dans ce froid
      qui craque
en dedans du jour
      disent-ils
nous       survivrons

projetée loin de nous
j’erre comme une éternelle récidiviste
les coudes sur le comptoir
      le cœur dans le verre
seuls tes bras savaient saisir
ce qui trébuche au fond de moi
alors je piétine ce qui reste
et je le balance dans le fracas
des maudits

des vaisseaux de lave irriguent ma tête
et coulent depuis mes yeux
pour rincer dans ce noir
ce corps que j’ai aimé

la pensée brûle en souriant

je pogne un taxi
la bouche tordue de rire
à chaque soir ma chance
de me consumer vive
la nuit implore
qu’on la laisse répandre
la salissure de mes doigts
je pompe
tout l’air que je respire –
la trachée du monde étouffe

on a bien ri ce soir       merci
et cet air de fin du monde
qui n’en finit pas d’arriver

on a bien ri ce soir       merci

j’ai dans ma tête tant de violence
et cet air de fin du monde
rentre jusque dans mon lit

je gis de la cendre et du foutoir
qu’ont laissés nos corps sur les draps
je serai là bien après le sommeil
comme une résistante dans la nuit
j’irai arrêter tous les trains
qui dans ma tête esquissent les lignes
que tu n’as jamais su tracer