Systole monstre


, p. 26-28.

Sur le débarcadère, je suis immobile au sein d’une masse de personnes. J’observe les gens autour de moi, ceux qui lisent sur une tablette électronique, ou qui tiennent des bouquins avec des titres tels que L’alchimiste, ou bien ceux qui écoutent de la musique d’un écouteur immense, petit ou par le haut-parleur d’un cellulaire; j’observe des groupes d’amis qui batifolent théâtralement, des gens seuls, lunatiques ou timides, qui fixent le sol; je vois des gens épuisés ou nonchalants qui regardent des panneaux affichant l’heure et les informations, des gens stressés qui marchent au-delà de la ligne jaune. J’observe des gens qui me regardent.

À l’intérieur de cette masse, un regard se présente comme un haut- relief, un regard fumant de brasier. Le corps de ce regard est planté sur une flèche, derrière la ligne jaune. Cet homme est immobile, mais un mouvement secret émerge de lui et fluidifie sa silhouette; j’ai l’impression que sa présence est si forte qu’il va s’évaporer et disparaître. Enfin, cette impression émerge peut-être de mon angoisse.

Je sens plusieurs mouvements autour de moi; les gens se précipitent autant qu’ils peuvent autour de toutes les flèches. Je lève les yeux vers le panneau; le train devrait arriver dans moins d’une minute. Au-dessus du bruit ambiant, j’entends un grondement monstrueux. Le métro est en route.

Le cœur est rempli de sang. D’un tunnel sombre émerge à toute vitesse une masse de ferraille bleue. Je vise l’homme au regard avec inquiétude : ce timbré se jette devant le métro. Comme une étoile, pieds et mains crispés au bout du corps, le regard halluciné et surhumain, les veines du cou gonflées, et un cri filant comme un soupir de foudre. Dans le choc… Le cœur est vide. 

Dans le choc, le visage du chauffeur de métro déformé par la douleur, par ses yeux terrifiés. Le train continue quelques centimètres et s’arrête brusquement avec un bruit de frein strident; le corps continue quelques centimètres plus loin une trajectoire contraire à sa propulsion initiale et tombe comme un sac de sable. Entre les deux, une zone d’impact : un craquement de vitrine percutée et d’os éclatés, le méphitisme des freins brûlés, une série de regards détournés – un traumatisme de masse. Un bruit de train qui s’arrête comme un domino résistant à une masse de traditions qui ne veut que s’écrouler suivi du son sourd d’un corps impuissant qui percute le fond d’un souterrain, alors que le timbre du choc continue à faire trembler chaque partie sensible de mon corps, paralysant la moindre pensée ou le moindre geste ou le moindre mouvement ou la moindre mémoire dans cette zone d’impact. Une zone qui avale tout en tournant.

C’est trop fort pour moi, mes yeux passent de la vitrine éclaboussée de sang au corps étendu sur la voie. Et ce type vit. Il est toujours en vie. Du sang par le nez et dans les yeux; du sang par mes yeux. Il a toujours les bras en croix, moins en étoile qu’en Christ, une petite butte dans les pantalons et le visage pas totalement défiguré, mais j’ai mal. Il crie. D’un cri bestial, souffrant, mais trop aigu pour être viril : « Vous me faites chier!… C’est toute pour vous autres, câlisse!… Mangez toutes d’la marde!… Vous êtes morts!… Vous puez toutes la mort pis la marde, calisse!… » Et ça continue, et ça continue, et ça continue, et je commence à comprendre ce qu’il crie depuis de longues minutes qui semblent être des putains d’heures. J’entends – je palpe le souffle systolique du temps.

 

 

 

 

J’ai mal. Pourtant, mon visage est impassible; et mes yeux, cruels de curiosité. Je me sens moins honteux que coupable. J’observe le sang au bout d’une vie, la révolte brute et la furie cachée qui éclaboussent la foule et forment cette scène; j’observe les spectateurs angoissés dans cette zone où les effets de l’impact sont perpétuels; j’observe les mains du chauffeur de métro trembler et ses yeux ruinés dans la foudre et la mort; et j’observe le suicidé, son corps raide et gonflé, en forme de Christ, la grimace sur sa bouche, les trous dans sa denture, le souffle entre ses lèvres, son visage plus défiguré par le choc que par la douleur, et son sang, dans la paume de ses mains, coulant de son nez, dans ses yeux – ses yeux, comme des trous noirs, illuminés par la mort, sublimes. Ça entre en moi, ça me frappe comme une douloureuse extase. Mon visage est impassible et vierge, mais mes yeux sont sublimes. 

 

 

 

L’étincelle


, p. 57-60.

Car c’est la logique anatomique de l’homme moderne, de n’avoir jamais pu vivre, ni penser vivre, qu’en possédé.

Antonin Artaud

S’éveiller, c’est se mettre à penser quelque chose extérieur à soi-même; celui qui s’identifie à son corps, ou à quoi que ce soit, tombe dans le sommeil.

René Daumal

J’erre dans cette nuit sans étoile. Et sans but. Toujours roulant dans ce vieux tacot abandonné par cet ancien photographe qui m’a abandonné. Tout juste avant que je n’abandonne ma job. Et que je largue les amarres.

Selon mon sens de l’orientation, je dois filer quelque part vers l’est. Enfin, je crois. La pulsion m’indique la lune. Et la lune semble m’indiquer l’est. Alors, je continue d’appuyer sur l’accélérateur, et je me gorge de tequila. Cette même tequila abandonnée par ce même photographe espagnol, ou mexicain. Enfin, je ne sais plus, excepté qu’il n’avait pas d’accent. Bref, ce type qui a quitté le journalisme jaune pour Dieu; qui a troqué le monde des mensonges pour celui des énigmes.

Je garde le pied sur l’accélérateur. Et je me déplace vers ce qui m’apparait être l’est. Des haut-parleurs, Hank Williams chante qu’il a vu la lumière. Toujours cette musique archaïque dont tout le monde se fout aujourd’hui.

Et je me gorge de tequila. La nuit est vide. Partiellement éclairée par les phares du tacot, la route devant moi est sombre. Le ciel est dénué de ses astres. Obstrués par la pollution lumineuse. Excepté la lune, cet astre abject, faiblement voilée par l’éclipse artificielle, et qui projette à son tour un voile de mystère sur la nuit.

La grande noirceur.

De chaque côté de la route défilent ce que je crois être des arbres feuillus, ou des champs de blé. Parfois, un panneau publicitaire interrompt l’obscurité pour présenter un hambourgeois, immense et immonde, mais qui me donne néanmoins le désir de bouffer cette merde.

TOUJOURS LA GRANDE NOIRCEUR.

Alors je me verse une longue rasade, et je fouille dans le coffre à gants. J’y trouve un sachet contenant de petits objets circulaires. On dirait des pilules. J’en avale une, et je me gorge de tequila.

Je me demande encore si je regrette d’avoir balancé mon téléphone portable par la fenêtre de la bagnole. Sans mon portable, je ne pourrai jamais téléphoner à mon patron pour lui dire que je quitte ma job. Ni que je regrette peut-être d’avoir abandonné la mission journalistique qu’il m’avait confiée. Néanmoins, mon long silence lui permettra de comprendre que je donne ma démission.

Je me demande si je me sens à l’aise de rouler à vive allure sans direction. Sans emploi. Et sans avenir. Je me demande si la bagnole contient suffisamment de carburant pour m’amener quelque part. Je me demande également si je vais réussir à me débarrasser de ces foutues questions absurdes.

Mais je sens mon corps rempli de mouvements. Et mon cerveau, d’entorses. Alors j’appuie plus fort sur l’accélérateur, et je balance hors de la voiture toutes ces questions qui tentent de me recouvrir de sécurité.

L’ombilic est coupé.

Je sens mes mains moites sur le volant. Ma vue s’alarme et se brouille : elle semble prête à crever mes yeux de visions fantomatiques. Je ne sais plus depuis combien de temps je roule.

Je crois avoir jeté la notion du temps en même temps que la sécurité.

Je garde néanmoins le mince espoir que je me rendrai au bout de la nuit. L’une de mes mains quitte le volant et agrippe la bouteille de tequila entre mes jambes. Je laisse couler un flot d’alcool dans ma gorge. Flot qui coule dans mon estomac avec une angoisse grandissante. MES TRIPES SE NOUENT. Mon pouls défonce mes tympans. Maintenant que j’ai balancé toute impression de sécurité, il ne me reste que l’angoisse. J’ai la nausée.

Ma vision semble près de crever mes yeux de fureur.

Pour une raison que j’ignore, j’aperçois une intersection, et des feux de circulation. DANS UN PAYSAGE DÉSERT. J’arrête le tacot, sans savoir pourquoi, hormis le fait que le feu pointe vers moi une lumière rouge. Il doit n’y avoir personne à des kilomètres, dans ce bled perdu à l’est de nulle part.

Et j’attends. Mon cœur bat à rythme rompu.

Devant la bagnole et la lumière que les faibles phares projettent, je vois lentement apparaître une étrange lueur. Autour de cette lueur, je vois des silhouettes d’arbres qui continuent de grimper en vain sous le ciel éhonté. Je lève les yeux.

UN NUAGE PASSE.

La lune dévoile son quart. Triomphante. Je rabaisse les yeux vers la route. Et j’observe la lueur. J’y vois une lumière grise, épaisse – une sensation de lourdeur –, porteuse d’un éclat scintillant, d’un bleu léger, dansant, et une vibration, tortillant, en pointillé, d’étincelle lustrée, tournant sur elle-même.

Je me sens obsédé par les mouvements. Alors j’écrase la pédale d’accélération, et je brûle le feu rouge.

Et j’éclipse la lueur lunaire. Maintenant loin derrière moi.

L’aiguille de vitesse sur le tableau de bord vibre. Mon pouls est coincé dans ma gorge, comme si j’allais recracher une pomme défendue. Je crois avoir oublié comment respirer. Je lance un regard dans le miroir : j’y vois la foudre dans mes yeux. Mes yeux de foudre tombent sur la route, et percent l’horizon obscur. Il neige à présent. J’essaie de me rappeler si c’est la saison de la neige. Mais je n’en sais rien. Et rien à foutre.

Plus de temps. Plus de raison. Plus de vie. LES ARTIFICES SONT ÉPUISÉS. Le monde est décomposé : il ne reste plus que le noir de nuit et le blanc de neige; la quintessence.

J’éteins les phares.

Alors que je me concentre pour ne pas avaler ma langue, le tacot s’arrête, lentement. LE CARBURANT EST ÉPUISÉ. Le moteur arrête de gronder. Hank arrête de chanter.

Silence. Le véritable.

Je palpe ma langue pour m’assurer qu’elle est toujours là. MAIS OÙ SUIS-JE? J’entends simultanément une voix qui dit mais où suis-je. Je descends ma main entre mes pieds pour récupérer la bouteille. Je trouve un étrange objet. Je le soulève jusqu’à mes yeux, et je vois un bouquin qui contient les mots « le contre-ciel ». Je me demande ce qu’un bouquin intitulé Le Contre-Ciel fout dans la bagnole d’un croyant. J’ouvre une page au hasard et mes yeux tombent sur cette phrase : « Ici la folie garde toujours le secret sur le Renversement du Mystère. » Je ferme le bouquin, et le lance sur la banquette arrière.

La nuit n’est pas terminée.

J’ouvre la portière : vent, et bruissement de feuilles. Je lance un autre regard vers le miroir : mon corps a la nausée des mouvements. Et mon cerveau, des contorsions. Je sors de la bagnole. Et referme la portière.

Je lève les yeux. Le ciel est ténébreux, et vide. Je baisse les yeux. La neige couvre la terre. J’y lègue mon empreinte. Et je marche. Droit devant. TOUJOURS VERS L’EST. Et simultanément, j’entends une voix prononcer toujours vers l’est.

La neige a arrêté de tomber. LA NEIGE EST ÉPUISÉE. Et en faisant fi de la voix en écho, je constate que la neige recouvre toujours le sol.

Dans le noir, je vois des éclats de blanc qui se meuvent aléatoirement. Des sensations m’enveloppent le corps, et me traversent les bras. Je suis un corps de JE, larmoyant et en décomposition, perdu au milieu d’un désert blanc. LE JE EST ÉPUISÉ. Les échos aussi.

Le vent poudroie. Et glace ma chair. Devant, le vent forme des arabesques dans la neige. Des tracés qui tournent sur eux-mêmes.

Je m’arrête. Lève les yeux au ciel. Fixe le ciel. Les éclats blancs tournent sur eux-mêmes.

Plus haut, il y a une étincelle. Une subtile détonation dans le ciel. Elle vibre. Une beauté archaïque. Entourée de vibrations. Et d’éclats blancs.

Mes yeux se rabaissent sur les écrits du vent gravés dans la neige. Je m’y couche. L’empreinte de mon corps s’y confond. Et mes yeux se ferment.

Enfin.

Le Labyrinthe d’éther


, p. 17-20.

La fin de l’histoire est sans parole.

Valère Novarina

Rien.

Silence. Bercé par l’obscurité.

Rien n’existe. Excepté une angoisse. Paralysante.

Ténèbres. Absence de vision. Inexistence des sens.

Rien. Une angoisse. Ensorcelante.

Et un mouvement. Un étrange mouvement. Pur. Comme un souffle.

Rien existe. Et une angoisse. Obsédante.

Puis, une lumière, blanche : apparition du mouvement.

Une lumière blanche danse dans le noir. Elle est le mouvement; un mouvement sans espace.

Un vertige.

Une lumière blanche danse un tracé tortueux. Sensuelle comme une note de musique voltigeant dans l’air.

Elle tournoie. Son geste se précise : elle spire le néant. Une véritable spirale aspire le néant d’un souffle inspiré; une spirale éthérée.

Un vertige insoutenable.

La Spirale éthérée prend de l’expansion, domine, et se dirige vers… moi?

Le vertige, c’est… moi? JE est?

Une spire de la Spirale éthérée traverse mon corps de vertige, m’absorbe, comme si on me respirait. Emprisonné dans la spire, mon corps-vertige s’aveugle de clarté.

Puis, plus rien : qu’une clarté blanche, longue comme l’éternité.

Et le vertige disparut.

Je ne sais combien de temps cela a duré. Tout ce que je réussis à me rappeler, c’est qu’il n’y avait que cette lumière qui me tenait en suspension; comme une phrase qui ne dévoile pas entièrement son sens. Seulement, je ne sus pas que j’étais; comme dans un état d’évanouissement, ou un état comateux.

Je sais seulement que j’ai senti une chaleur réconfortante comme une douce ivresse. Mais je n’en fus pas conscient : ma conscience s’était évaporée, et je ne pouvais réfléchir. Mais quelque chose réfléchissait; quelque chose qui n’était pas relié à la rationalisation; une sorte de vibration – une trépidation qui pense – réfléchit en moi cette lueur blanche.

C’est alors qu’un son se découvrit : un acouphène. Après un autre moment d’éternité, cet acouphène libéra un bruit; le bruit d’un bourdonnement paisible; le bruit de pas naturels. Je ne sais toujours pas s’il s’agissait de mes propres pas ou de mon rythme cardiaque; c’était comme s’il s’agissait des deux à la fois : je marchais, transporté par mon cœur.

Mon cœur marchait d’un pied apparu comme une syllabe devant un vers oublié de la Mémoire. Il allait devant moi, comme un guide.

Son pas était naturel et parfait, et me gorgeait de cette lueur blanche.

C’est alors que je remarquai sa légèreté. Cette constatation le fit perdre pied, comme si je devenais trop lourd. Les pas s’accélérèrent, mais restèrent sur place. Et la lueur blanche devint grise. Puis, toute cette chaleur réconfortante, cette quiétude, se dissipa, et le vertige reprit forme.

Je redevins conscient.

Avec ce retour à la conscience, la lueur grise se solidifia, et m’emmura. Elle était froide comme de la pierre. Je regardai autour de moi, et j’aperçus que j’étais étendu face contre terre dans une étrange grotte. Cette grotte était petite, et ses quatre murs formaient un demi-cercle. Le sol était légèrement en pente, le mur derrière moi incliné vers celui de devant.

En me levant, je fus pris de vertige, et mon cœur se mit à battre dans ma gorge. Panique : les deux murs de chaque extrémité du demi-cercle avancèrent vers moi.

Je m’élançai contre le mur de pierre de devant en le frappant de toutes mes forces; rien à faire : il avançait toujours. Je rageai, je paniquai, et les murs se rapprochèrent toujours. Et lorsque je sentis les murs s’appuyer contre moi, ayant la certitude que c’en était terminé, une chose miraculeuse se produisit : une étrange lucidité jaillit de mon esprit, comme une bulle d’eau s’échappe des abysses et remonte éclore à la surface de l’océan. Je dis :

La clef est de posséder la vérité dans une âme et un corps.

Et les deux murs de pierre disparurent instantanément. Je regardai derrière moi : une route circulaire montait; devant moi, une route circulaire descendait. La raison m’était née. Puis, je mis pied-avant d’un pas inspiré.

La route continuait à tourner; une sorte de spirale de pierre qui descendait Dieu sait où. Je la parcourus jusqu’à ce que je fisse face à nouveau au mur de pierre. Je m’arrêtai à quelques pieds du mur. Un nouveau souffle d’inspiration me traversa. Je dis :

Je suis maître en fantasmagories.

Et le mur de pierre recula de quelques pieds. Puis, je mis pied-avant d’un pas inspiré.

Le mur reculait devant mes pieds alors que j’avançais à bon souffle. Au fur et à mesure que je marchais, une symbiose se formait entre mes pas, mes pulsions cardiaques, et le mur qui reculait.

Soudainement, le rythme se rompit, le mur s’arrêta, et je figeai. Le souffle inspiratoire m’avait quitté. Je fis quelques pas en direction du mur qui était désormais immobile. Je le touchai, je le poussai, je le frappai; il restait de glace, cristallisé.

En manque d’inspiration, je fixai désespérément le mur, sur le point de succomber à un état d’hypnose. C’est alors qu’une fissure apparut dans le mur. Je l’observai de plus près : la fissure se mit à se mouvoir, et prit la forme d’un étrange cercle noir et fluide. Mais je ne parvins pas à voir ce qu’il y avait en son centre, alors j’approchai mon visage plus près, trop près.

Les vibrations du cercle vibrèrent en moi.

Je vis un vortex. Un trou noir devenant immense, et qui m’aspira d’un souffle. En pénétrant au creux du vortex, mon corps s’enflamma et calcina jusqu’aux yeux. Et je devins dispersé en cendres, restant avec deux yeux crus.

Au centre du vortex, j’aperçus mon visage, inexpressif et les yeux clos. Mes yeux crus s’émurent entre les paupières. Et je m’endormis paisiblement dans un rêve éveillé.

Je sais que je vis, je m’en souviens; mais je n’ai jamais cherché à comprendre, ni à savoir de quel côté du mur je me trouve.