Parce qu’on a peur des ours


, p. 15-16.

tu me demandes c’est quoi la nuit

 

te dire rendors-toi

coincer ta gorge sous ma main

qui claque des dents

flanquer mon larynx au creux de tes paumes

te dire

serres

 

ton cou

porte une mâchoire qui ne sait pas reculer

tu me demandes c’est quoi la nuit

l’oxygène pour deux

 

ménager ton diaphragme

fuir maintenant

trois heures de marche

le tenir au chaud sous mon manteau

 

tu me demandes c’est quoi la nuit

je te dis la nuit

 

c’est suspendre la bouffe sur la haute branche d’une épinette

parce qu’on a peur des ours

trois seaux du lac sur la dernière bûche

le visage immobile de la lune

crible le moustiquaire d’une porte

qui ne se barre plus

 

infuser mes mots

oublier de cracher

craindre d’avaler l’araignée

 

hier et demain qui tirent la corde des heures d’insomnie

dormir les cheveux trempés

plumer la peau avachie du monstre noyé

sous l’oreiller

 

je déprends à froid mes doigts de ta voix

j’oublie souvent que dimanche existe