Un « néo » oublié : la littérature française néo-rabelaisienne du XIXe siècle


Université de Lille – Laboratoire Alithila

Alexandre Leroy est doctorant en 4ème année de Langue et Littérature françaises (XIXe siècle), au laboratoire Alithila (Université de Lille, France). Il est également chargé de cours et créateur du groupe de travail « Doc’Time ». Sa thèse, sous la direction de M. Andrea Del Lungo, s’intitule « Mutations de l’héritage rabelaisien dans la littérature française du XIXème siècle : la figure du bon vivant et le rapport à la nourriture ». Sa recherche actuelle propose pour les romans du XIXe siècle des lectures pluridisciplinaires ou littéraires, interrogeant les références entre œuvres au delà des classements artificiels des écrivains par siècles.

Introduction

Le XIXe siècle voit apparaître dans la littérature une explosion de motifs rabelaisants1 ainsi que de pastiches par des figures illustres telles qu’Honoré de Balzac (Les Cent Contes drolatiques2) ou encore Charles Nodier (Histoire du roi de Bohême et de ses sept châteaux3). Cette remise au goût du jour de l’œuvre rabelaisienne semble paradoxale dans la mesure où elle intervient en plein essor des règles de savoir-vivre et d’hygiénisme, c’est-à-dire des sujets à l’opposé de la crasse comique déployée abondamment dans l’œuvre de François Rabelais! Mais le retour en force du sujet rabelaisien n’est peut-être pas réellement paradoxal, car il peut exprimer un mouvement salvateur tendant à combattre le poids écrasant de la morale sur la société et la littérature.

La dimension néo-rabelaisienne est bien réelle, malgré le passage sous silence d’une critique littéraire souvent trop spécialisée4. Les écrivains du XIXe siècle ne cessent de se référer à Rabelais, car l’auteur du Pantagruel5 est considéré depuis Chateaubriand comme un « génie-mère » de la littérature6, mais également parce que Rabelais incarne l’irreprésentable (le sexe, l’ordure, un rire sans limite). Faire se résumer Rabelais à l’ordure et au sexe est certes réducteur, mais c’est un biais qu’utilisent fréquemment les écrivains du XIXe siècle pour rendre la référence plus évidente aux yeux du lecteur néophyte. Ce type de référence s’accompagne bien sûr au fil du récit d’allusions plus recherchées à destination des initiés. En vertu du caractère provocateur du style de François Rabelais, l’écrivain incarne dès lors la figure de proue d’un mouvement subversif, d’autant plus qu’il est consacré par l’histoire littéraire et que son statut de génie-mère le rend inattaquable.

La notion de « néo » incarnant le renouvellement d’un modèle, on peut affirmer que  la mode rabelaisante dans la littérature du XIXe siècle s’inscrit pleinement dans un néo-rabelaisianisme non conceptualisé par l’histoire littéraire, peut-être autant par méconnaissance de la dimension générale du phénomène7 que parce que, dans la plupart des cas, les écrivains transforment le style rabelaisien pour se le réapproprier et l’adapter aux mœurs de leur temps. Pour illustrer le besoin, au XIXe siècle, de transformer le texte dans l’hommage, on peut citer brièvement un extrait de l’ouverture du Gargantua démontrant la grande liberté des thèmes rabelaisiens :

En son eage virile [Grandgousier] espousa Gargamelle […]. Et faisoient eux deux souvent ensemble la beste à deux doz […]8.

Il est évident que, malgré une bienveillance et un humour bon vivant omniprésent, les motifs transgressifs (comme ici la sexualité assumée, ou la défécation du treizième chapitre) seraient difficilement acceptables dans la société normée du XIXe siècle, et c’est la raison pour laquelle les écrivains rabelaisants sont souvent dans l’obligation de faire l’impasse sur ces sujets au profit de références plus discrètes. C’est ainsi que, selon le contexte, les auteurs réactualiseront surtout la dimension comique et la tonalité de la narration rabelaisienne; on tentera de voir de quelle manière les classiques de la littérature du XIXe siècle s’inscrivent dans le néo-rabelaisianisme.

Les avantages de la référence à Rabelais9, associés à un goût réel pour son lyrisme et son style, motiveront ainsi de nombreux lecteurs, mais aussi des écrivains du siècle, à s’inscrire dans une filiation rabelaisienne. C’est pourquoi Zola (avec la figure de Mes‑Bottes dans L’Assommoir10), Flaubert (en particulier dans sa correspondance11), Gautier (abondamment dans Le Capitaine Fracasse12) et Dumas (avec Porthos dans Les Trois Mousquetaires13), entre autres, choisissent de mêler leurs récits d’allusions à destination des rabelaisants. L’analyse de la littérature du siècle par le biais du spectre de cette dimension néo-rabelaisante pourra ainsi rappeler le profond respect pour l’héritage rabelaisien qui en émane et offrira un éclairage nouveau nécessaire aux œuvres des écrivains rabelaisants.

1. La dimension néo-rabelaisante au XIXe siècle

Alors que le XIXe siècle représente l’acmé des règles de savoir-vivre et voit naître l’hygiénisme14, le goût pour François Rabelais ne s’est jamais montré aussi prononcé. La source rabelaisienne devient une mode et le roman se voit fréquemment récupéré au‑delà de ses propres limites et du bon sens. C’est ainsi qu’apparaissent notamment des revues comme Le Panurge illustré. Journal de ceci et de cela, ni politique ni littéraire15, dont la parution commence en 186116, ou encore le journal Rabelais en 188117. Marie-Ange Fougère indique très justement le lien bien lointain avec la source rabelaisienne :

[…] nulle explication sur le titre n’est fournie, mais sont données à lire plusieurs rubriques badines dont certaines portent sur l’actualité […]. À l’évidence, le patronage de Rabelais n’exige pas d’explication […]18.

Toutefois, si les revues dites rabelaisiennes ont parfois un lien bien peu explicite avec Rabelais et son œuvre, force est de constater que la référence vague, voire injustifiée à l’écrivain n’est pas la norme. Le débat est vif et l’héritage de Rabelais voit ainsi se dresser une foule de partisans et de détracteurs.

Dans les rangs des ennemis de l’œuvre rabelaisienne, l’on retrouve avant tout des lecteurs insensibles au style ainsi que d’autres, davantage tatillons quant à la présence de l’ordure et du sexe, mais aussi de mauvais lecteurs. On peut ainsi lire ce surprenant commentaire de François-Xavier de Feller :

Ce fut vers ce temps-là qu’il mit la dernière main à son Pentagruel [sic] […]. Dans cet extravagant livre, il a répandu une gaieté bouffonne, l’obscénité et l’ennui. S’il a voulu par là se venger de ses supérieurs qui l’avaient mis en prison, il n’a pas rempli son but […]. Un curé de Meudon, qui a publié tout ce qu’il a pu trouver à la louange de Rabelais, aurait pu employer son temps plus utilement.19

Outre la faute dans l’orthographe du titre, de Feller accumule les erreurs plus ou moins grossières au sujet de Rabelais, ne serait-ce qu’en n’identifiant pas le « curé de Meudon » comme étant l’auteur lui-même. En dépit de ces approximations et jugements hâtifs, et malgré le caractère assez daté du Dictionnaire historique dont est issu ce commentaire20, il continue à être édité durant la première moitié du XIXe siècle, ce qui témoigne d’une méconnaissance du sujet rabelaisien qui perdure pour une partie du lectorat français.

Parmi les admirateurs de Rabelais, on peut citer Népomucène Lemercier. Dans son Cours analytique de littérature21 (1817), Lemercier compare Rabelais à Aristophane et juge ainsi le Pantagruel :

Son livre est un puits de science et d’érudition […]. Regrettons que la vieillesse de son style en ait rendu la plus grande partie presque incompréhensible; félicitons-nous pourtant de ce que son vieux [sic] idiome cache l’impudeur de certains mots […].22

Si le critique indique qu’il a lui aussi parfois du mal à comprendre une partie du « style » rabelaisien, il se montre bien plus compréhensif et ouvert à la dimension savante de l’œuvre. Mais au-delà du goût pour Rabelais dans la société française du XIXe siècle, les écrivains du siècle sont témoins du débat autour de la source rabelaisienne et certains l’alimentent en multipliant les références et allusions, voire en écrivant de véritables pastiches, tantôt ponctuels dans la narration (un chapitre par exemple23), tantôt à l’échelle de l’œuvre complète.

2. Le néo-rabelaisianisme littéraire du XIXe siècle

Les écrivains s’emparent eux aussi du sujet. Le « néo » devient une affaire de références, mais aussi de pastiches, et il n’y a pas d’homogénéité dans cet élan littéraire. Certains auteurs sont allusifs, d’autres plus ou moins rabelaisants; d’autres enfin, comme Balzac, sont d’authentiques héritiers du style rabelaisien, comme nous allons le voir.

Si Gustave Flaubert reste assez discret dans ses œuvres quant à son goût pour Rabelais, il ne tarit jamais d’éloges à propos de lui :

J’aime par-dessus tout la phrase nerveuse […] au muscle saillant […]. Les gens que je lis habituellement, […] ce sont Montaigne, Rabelais […]24.

Rabelais incarne ainsi une nervosité dans l’expression et une vivacité brutale assimilables à un langage viril. Mais il propose aussi un narrateur bon vivant, bienveillant et railleur, dont Flaubert reprend les traits de manière frappante dans une lettre à son ami Bouilhet :

[…] Or donc […] soyons […] ainsy tousiours labourant, tousiours barytonnant, tousiours rythmant, […] et nous cheryssant.
A Dieu, mon bon, adieu mon peton, adieu mon couillon (gausche).
Gustavus FLAUBERTUS,
Bourgeoisophobus25

On peut constater la reprise du langage (le moyen français), du vocabulaire, des énumérations et de la tonalité bienveillante et humoristique du narrateur rabelaisien.

La virilité qu’il apprécie chez Rabelais est également estimée par Émile Zola :

Or [Zola] sait bien qu’un illustre patronage ne serait pas superflu pour parer […] une critique […] trop moraliste. […] Rabelais convient à merveille pour ce rôle-là. D’abord, le naturalisme se veut une virilisation de la littérature […]. La franchise rabelaisienne est alors brandie comme un rempart contre l’hypocrisie moderne.
Enfin […] Rabelais incarne une gaieté complètement bafouée […]26.

Le choix de Zola pourrait certes être considéré comme intéressé27, mais il demeure surtout motivé par une convergence idéologique. La sexualité et l’ordure rabelaisiennes séduisent l’écrivain par leur esthétique joviale et brutale, qui n’est pas sans lien avec le projet naturaliste, et Zola finit par s’approprier puis par retranscrire le sujet rabelaisien, comme ici avec le personnage de Mes‑Bottes :

Oh! Ça ne l’embarrassait pas, il rattraperait les autres; et il redemanda trois fois du potage, des assiettes de vermicelle, dans lesquelles il coupait d’énormes tranches de pain. Alors […] il devint la profonde admiration de toute la table. Comme il baffrait! Les garçons effarés faisaient la chaîne pour lui passer du pain […] qu’il avalait d’une bouchée. […] Le marchand de vin, très inquiet, se montra un instant sur le seuil de la salle. La société […] se tordit de nouveau. Ça, ça la lui coupait au gargotier! Quel sacré zig tout de même, ce Mes-Bottes! […] On n’en rencontre pas beaucoup de cette force-là28.

Le narrateur zolien retranscrit grâce au discours indirect libre la bonne humeur du bon vivant et lui donne une aura proche de celle des géants alors qu’il avale d’« énormes » quantités de nourriture. La scène, tout à fait comique, amène le « gargotier » à s’inquiéter de l’épuisement rapide de ses réserves, dans l’hilarité des convives. Zola reprend ainsi quelques grands sujets rabelaisiens : le banquet jovial, l’appétit colossal ainsi que la dimension effrayante de la dévoration massive de nourriture (ici dans la crainte du marchand).

Dumas et Gautier incarnent une autre vision de l’hommage. Les deux écrivains multiplient les références à Rabelais et leurs styles respectifs foisonnent d’allusions aux épisodes rabelaisiens, mais en-dehors de tout lien à la dimension ordurière de l’œuvre. Dumas, par exemple, imagine un Porthos d’un ridicule comique, assiégé dans sa chambre par son aubergiste qu’il ne peut payer :

– Mais votre hôte se conduit bien envers vous, […] dit d’Artagnan.
– Coussi, coussi! répondit Porthos. Il y a déjà trois ou quatre jours que l’impertinent m’a montré mon compte […]. Aussi, vous le voyez, […] je suis armé jusqu’aux dents29.

Le sujet rapproche Porthos d’un bon vivant rabelaisien qui craindrait une famine et il est tout à fait amusant de voir la disproportion des moyens guerriers par rapport au sujet, celui d’un simple paiement de dette. Gautier, quant à lui, propose un Capitaine Fracasse fourmillant de références à l’univers rabelaisien30, mais, à nouveau, en taisant toute grossièreté :

-[…] A toi, tyran, cet os jambonique […]. De tes fortes dents tu […] en extrairas philosophiquement la moelle31.

Le vocabulaire est bien teinté de la tonalité rabelaisienne, avec l’os « jambonique » et surtout l’extraction philosophique de la « moelle » (métaphore typiquement rabelaisienne).

Il serait pour finir impensable d’achever ce bref panorama de la littérature néo-rabelaisienne sans évoquer Nodier et Balzac, qui proposent de véritables pastiches de l’œuvre du maître. Nodier s’approprie l’exubérance de l’hyperbole et de l’idiome rabelaisiens32, mais reste silencieux sur les questions de l’ordure et du sexe. Balzac, outre les allusions et les réflexions au sujet de Rabelais dans la plupart de ses œuvres33, s’adonne au contraire aux joies du pastiche sans limitation esthétique ou morale. La défécation comme motif comique entre notamment dans la littérature du siècle :

Le bon capittaine escossoys, qui avoyt […] mangé d’ung metz auquel le cuisinier mist une pouldre de vertu laxative, embrenna son hault de chausses […]34.

Elle s’accompagne cependant surtout de l’arrivée étonnante de la liberté sexuelle, en particulier féminine, dans l’univers comique des Contes drolatiques :

Vécy donc le bienheureux qui […] ne sçait plus rien du ioly mestier d’amour. Ce que voyant […] la bonne fille dit innocemment […] : « Monseigneur, si vous y estes, comme je pense, donnez […] ung peu plus de vollée à vos cloches » 35.

Dans les deux exemples, l’adaptation est particulièrement osée, mais aussi très respectueuse des sujets rabelaisiens, ce qui fait de Balzac l’un des auteurs les plus rabelaisants du siècle.

Conclusion

Le XIXe siècle littéraire voit naître un grand élan rabelaisant : force est de constater qu’un véritable intérêt néo-rabelaisien s’installe durant la période, au point de voir fleurir des publications et revues diverses et parfois farfelues telles que Le Panurge illustré. Cet effet de mode, bien que durable, pousse à s’interroger quant à la dimension « néo » de la littérature néo-rabelaisienne; l’histoire littéraire montre en effet que, parfois, l’adaptation des motifs rabelaisiens est voulue par convergence thématique ou ne se fait pas sans heurts.

Il serait cependant réducteur de minorer la part rabelaisante dans l’écriture des œuvres des auteurs mentionnés. Bien que les écrivains qui s’approprient le style de Rabelais en modifient souvent des éléments fondamentaux, cet effort d’adaptation est à chaque fois teinté d’un profond respect pour le modèle. Et, au‑delà de l’hommage parfois provoquant et subversif, la référence et le pastiche questionnent la notion de « néo » : le retour à la source rabelaisienne serait ainsi l’expression d’un voyage vital vers des valeurs plus libres que celles de l’austère culture dominante du XIXe siècle français.

Bibliographie

Sources primaires

BALZAC (Honoré de), Les Cent contes drolatiques, colligez es abbaïes de Touraine, et mis en lumière par le Sieur de Balzac, pour l’esbattement des Pantagruélistes et non aultres [1837], Leipzig, Elibron classics, 2005 (fac-similé de l’édition de 1832 par Louis Hauman et Compagnie, Bruxelles), 295 pages.

̶ , La Peau de chagrin [1831], dans La Comédie humaine, Paris, Gallimard, édition de Pierre-Georges Castex, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », t. X, 1979, 1856 pages.

DUMAS Alexandre, Les Trois Mousquetaires [1844], Paris, Pocket, édition de Jacques Goimard, 1993, 851 pages.

Œuvres complètes de Gustave Flaubert – Correspondance – Nouvelle édition augmentée, Première série (1830-1846), Paris, Louis Conard Libraire-Éditeur, t. IX, 1926, 440 pages.

– , Troisième série (1852-1854), Paris, Louis Conard Libraire-Éditeur, t. XI, 1927, 448 pages.

GAUTIER Théophile, Le Capitaine Fracasse [1863], Paris, Classiques Garnier, édition d’A. Boschot, 1964, 507 pages.

NODIER Charles, Histoire du roi de Bohême et de ses sept châteaux [1830], Paris, Éditions d’Aujourd’hui, coll. « Les Introuvables », 1977 (fac-similé de l’édition originale de Delangle), 398 pages.

RABELAIS François, Pantagruel, ou Les horribles et épouvantables faits et prouesses du très renommé Pantagruel, roi des Dipsodes, fils du grand géant Gargantua, composés nouvellement par maître Alcofribas Nasier [1532], Paris, Pocket Classiques, préface par Marie-Madeleine Fragonard (éd.), 1997, 363 pages.

̶ , Gargantua, ou La vie treshorrificque du Grand Gargantua, pere de Pantagruel [1532], Paris, Seuil, préface par Guy Demerson (éd.), coll. « Points », 1973, 387 pages.

ZOLA Emile, L’Assommoir [1877], Paris, Librairie Générale Française, coll. « Livre de Poche Classiques », 1996, 576 pages.

Sources secondaires

CHATEAUBRIAND (François-René de), Essai sur la littérature anglaise et Considérations sur le génie des hommes, des temps et des révolutions, Paris, Gosselin et Fume, t. I, 1836, 381 pages.

̶ , Essai historique, politique et moral sur les révolutions anciennes et modernes, considérées dans leur rapport avec la révolution française, Londres, J. Deboffe, 1797, 693 pages.

CLADEL Léon, L’Homme de la Croix-aux-Bœufs, Paris, E. Dentu Éditeur, 1878, 383 pages.

Textes critiques

BAKHTINE Mikhaïl, L’Œuvre de François Rabelais et la culture populaire au Moyen-Âge et sous la Renaissance [1965], traduction par Andrée Robel, Paris, Gallimard, 2012, 480 pages.

BOULENGER Jacques, Rabelais à travers les âges, compilation suivie d’une bibliographie sommaire de l’œuvre de Maître François, comprenant les éditions qu’on en a données depuis le XVIe siècle jusqu’à nos jours, d’une étude sur ses portraits et d’un examen de ses autographes – ouvrage illustré de plusieurs portraits et fac-similés, Paris, Le Divan, coll. « Saint-Germain-des-Prés n° 2 », 1925, 244 pages.

FELLER (François-Xavier de), Dictionnaire historique ou Histoire abrégée des hommes qui se sont fait un nom par leur génie, leurs talents, leurs vertus, leurs erreurs ou leurs crimes, depuis le commencement du monde jusqu’à nos jours [1781-1784], Lille, Lefort Imprimeur-Libraire, t. XI, 1833 (huitième édition), 482 pages.

FOUGÈRE Marie-Ange, Le Rire de Rabelais au XIXe siècle : histoire d’un malentendu, Dijon, Éditions universitaires de Dijon, 2009, 194 pages.

LEMERCIER Népomucène, Cours analytique de littérature générale, Paris, Nepveu Libraire, t. II, 1817, 464 pages.

SAINÉAN Lazare, L’influence et la réputation de Rabelais – interprètes, lecteurs et imitateurs – un rabelaisien, Paris, Librairie universitaire J. Gamber, 1930, 322 pages.

Notes

1 Par « rabelaisant », on entend tout motif rabelaisien remis au goût du jour par d’autres auteurs que Rabelais; le terme peut également servir à désigner un auteur s’inscrivant dans un héritage rabelaisien. La littérature rabelaisienne est connue pour le foisonnement comique et grotesque de ses sujets. Les géants sont autant des monarques avisés que des joyeux buveurs, banquetant, forniquant et déféquant sans restriction. Le style de François Rabelais est surtout l’expression d’une réflexion éclairée tantôt subtile, tantôt volontairement grossière, qui amène le lecteur à se questionner sur le roman, mais aussi sur la politique, la philosophie ou la religion. Il se manifeste par un humour omniprésent allant parfois jusqu’à inverser les valeurs, ce que Bakhtine identifie comme un retournement carnavalesque du monde (Mikhaïl Bakhtine, L’Œuvre de François Rabelais et la culture populaire au Moyen-Âge et sous la Renaissance [1965], traduction par Andrée Robel, Paris, Gallimard, 2012). L’humour utilise notamment des énumérations et est bienveillant envers le lecteur malgré quelques piques. La langue de Rabelais est, pour finir, riche, colorée et savoureuse.

2 Honoré de Balzac, Les Cent Contes drolatiques, colligez es abbaïes de Touraine, et mis en lumière par le Sieur de Balzac, pour l’esbattement des Pantagruélistes et non aultres [1832], Elibron classics, Leipzig, 2005 (fac-similé de l’édition de 1832 par Louis Hauman et Compagnie, Bruxelles).

3 Charles Nodier, Histoire du roi de Bohême et de ses sept châteaux [1830], Paris, Éditions d’Aujourd’hui, coll. « Les Introuvables », 1977 (fac-similé de l’édition originale de Delangle).

4 La critique littéraire n’a que peu prêté attention à l’héritage rabelaisien au XIXe siècle d’un point de vue général, en-dehors des travaux de recension de Jacques Boulenger (Rabelais à travers les âges, compilation suivie d’une bibliographie sommaire de l’œuvre de Maître François, comprenant les éditions qu’on en a données depuis le XVIe siècle jusqu’à nos jours, d’une étude sur ses portraits et d’un examen de ses autographes – ouvrage illustré de plusieurs portraits et fac-similés, Paris, Le Divan, coll. « Saint‑Germain‑des‑Prés n° 2 », 1925) et de Lazare Sainéan (L’influence et la réputation de Rabelais – interprètes, lecteurs et imitateurs – un rabelaisien, Paris, Librairie universitaire J. Gamber, 1930). Le sujet commence tout juste à être développé par des travaux récents, comme ceux de Marie-Ange Fougère (Le Rire de Rabelais au XIXe siècle : histoire d’un malentendu, Dijon, Éditions universitaires de Dijon, 2009).

5 François Rabelais, Pantagruel, ou les horribles et épouvantables faits et prouesses du très renommé Pantagruel, roi des Dipsodes, fils du grand géant Gargantua, composés nouvellement par maître Alcofribas Nasier [1532], préface par Marie-Madeleine Fragonard (éd.), Paris, Pocket Classiques, 1997.

6 François-René de Chateaubriand, Essai sur la littérature anglaise et Considérations sur le génie des hommes, des temps et des révolutions, Paris, Gosselin et Fume, t. I, 1836, p. 323.

7 Ce que nous avons qualifié « d’oubli ».

8 François Rabelais, Gargantua, ou La vie treshorrificque du Grand Gargantua, pere de Pantagruel [1532], préface par Guy Demerson (éd.), Paris, Seuil, coll. « Points », ch. III, 1973, p. 68. On pense également au fameux chapitre XIII de l’œuvre, portant sur « l’invention du torchecul ». Ibid., p. 132 et suivantes.

9 Une plus grande liberté dans l’écriture et surtout une protection contre les foudres de la critique soucieuse du respect des bonnes mœurs en littérature.

10 Emile Zola, L’Assommoir [1877], Paris, Librairie Générale Française, coll. « Livre de Poche Classiques », 1996.

11 Œuvres complètes de Gustave Flaubert – Correspondance – Nouvelle édition augmentée, Paris, Louis Conard Libraire-Éditeur, t. IX, 1926.

12 Théophile Gautier, Le Capitaine Fracasse [1863], édition d’A. Boschot, Paris, Classiques Garnier, 1964.

13 Alexandre Dumas, Les Trois Mousquetaires [1844], Paris, Pocket, édition de Jacques Goimard, 1993.

14 Ces changements impliquent un renouveau sanitaire affectant la société française à tous les niveaux, jusqu’aux mœurs et à l’architecture.

15 Marie-Ange Fougère, Le Rire de Rabelais au XIXe siècle, op. cit., p. 34.

16 Ce qui témoigne de la longévité de la mode rabelaisienne. On peut en effet considérer que celle-ci débute, dans un XIXe siècle élargi, avec Chateaubriand qui écrivait dès 1797 : « Rabelais, Montaigne […] étonnèrent les esprits […] ». François-René de Chateaubriand, Essai historique, politique et moral sur les révolutions anciennes et modernes, considérées dans leur rapport avec la révolution française, Londres, J. Deboffe, ch. XXXIX « La réformation », t. I, 1797, p. 599. (Disponible sur Gallica.) Cité par Jacques Boulenger, Rabelais à travers les âges, op. cit., p. 77.

17 Marie-Ange Fougère, Le Rire de Rabelais au XIXe siècle, op. cit., p. 28.

18 Ibid., loc. cit.

19 Tiré de François-Xavier de Feller, Dictionnaire historique ou Histoire abrégée des hommes qui se sont fait un nom par leur génie, leurs talents, leurs vertus, leurs erreurs ou leurs crimes, depuis le commencement du monde jusqu’à nos jours [1781-1784], Lille, Lefort Imprimeur-Libraire, t. XI, 1833 (huitième édition), p. 210. (Disponible sur Google Books.) Cité par Lazare Sainéan, L’influence et la réputation de Rabelais, op. cit., p. 113.

20 Il remonte à la fin du XVIIIe siècle.

21 Népomucène Lemercier, Cours analytique de littérature générale, Paris, Nepveu Libraire, t. II, 1817, p. 72-79. (Disponible sur Gallica.)

22 Ibid., p. 79. Cité dans Lazare Sainéan, L’influence et la réputation de Rabelais, op. cit., p. 111.

23 Comme dans Léon Cladel, L’Homme de la Croix-aux-Bœufs, Paris, E. Dentu Éditeur, 1878, p. 243 et suivantes.

24 Jacques Boulenger, Rabelais à travers les âges, op. cit., p. 157. Œuvres complètes de Gustave Flaubert – Correspondance, Première série (1830-1846), Paris, Louis Conard Libraire-Éditeur, t. IX, 1926, « A Louis de Cormenin » (juin 1844), p. 72.

25 Œuvres complètes de Gustave Flaubert – Correspondance, Troisième série (1852-1854), Paris, Louis Conard Libraire-Éditeur, t. XI, 1927, « A Louis Bouilhet » (28 décembre 1852), p. 72‑75.

26 Marie-Ange Fougère, Le Rire de Rabelais au XIXe siècle, op. cit., p. 98-99.

27 L’intention première de Zola était de trouver un patronage autorisant la représentation du corporel dans le roman, mais Zola devient au fil du temps un authentique rabelaisant. Ibid., p. 98.

28 Emile Zola, L’Assommoir [1877], Paris, Librairie Générale Française, coll. « Livre de Poche Classiques », 1996, p. 134‑135.

29 Alexandre Dumas, Les Trois Mousquetaires, op. cit., ch. XXV, p. 286.

30 Voir notamment le chapitre sur l’auberge du Pont-Neuf. Théophile Gautier, Le Capitaine Fracasse, op. cit., ch. « Le Pont-Neuf », p. 278-279.

31 Ibid., ch. « Où le roman justifie son titre », p. 157.

32 À ce sujet, le chapitre final est remarquable. Charles Nodier, Histoire du roi de Bohême et de ses sept châteaux, op. cit., p. 597-598.

33 Dans La Peau de chagrin, la référence est même interrogée par la narration quant à la difficulté de son adaptation aux mœurs du XIXe siècle. Honoré de Balzac, La Peau de chagrin [1831], dans La Comédie humaine, Paris, Gallimard, édition de Pierre-Georges Castex, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », t. X, 1979, p. 98‑99.

34 Honoré de Balzac, Les Cent Contes drolatiques, op. cit., « Les Joyeulsetez du roy Loys le Unzièsme », p. 177.

35 Ibid., « La Puccelle de Thilouze », p. 223-224.