Crier Hanokh


, p. 23-25.

Premier souffle : la fille

À Guy je dis : « Beriou m’a raconté que dans les années soixante-dix, tu passais tous tes étés à Percé. »
De sa voix d’ogre il me répond : « Ouain, pis? »
« Maman est née en soixante-neuf, elle a vécu toute son enfance à Percé. Tu l’as jamais rencontrée? »
Dans la voix de l’ogre un tremblement, un fond de quelque chose d’indéfinissable et d’intemporel qui prend spontanément la forme d’une objection :
« Mais Josée elle me l’a jamais dit! »
Touché, je me dis. Touché quelque chose qui ne devait sûrement pas l’être, qui aurait peut-être mieux fait de demeurer enfoui. Mon grand-père, piqué, continue : « Y’avait cette petite fille, là, qui courait jouer sur le quai avec les petits gars. On se demandait tous elle était à qui. Mais sa mère l’a jamais dit. »
Le tremblement s’accentue. La roche craque. « Un jour je m’en suis douté, parce que ta grand-mère, je lui ai dit de quoi sur sa fille, pis elle m’a répondu : “Toi, Guy Bienvenue, si tu savais quelque chose, tu me parlerais pas de même”. “Si je savais quoi?” que j’y demande. “Rien.” »
« Elle me l’a jamais dit. »
« Ça a pris encore quinze ans, pis ça faisait longtemps que je passais plus mes étés à Percé, avant que ta mère vienne me dire qu’elle était ma fille. Qu’est-ce que je pouvais faire? Josée me l’a jamais dit. »
Une pause, et puis une dernière fois, cette fois avec, dans les fissures de la pierre, quelque chose d’éblouissant qui s’appelle honte ou culpabilité, quelque chose de beau, de viscéral, de terrifiant : « Elle me l’a jamais dit. »

Deuxième souffle : le père

Elle me l’a jamais dit. Plaidoyer malhabile, plaidoyer absurde, nécessairement, puisqu’il ne répond à aucune accusation. Du haut de sa colère immense, mon grand-père se penche sur moi, et au moment où il pourrait me rompre, plonge ses yeux féroces dans les miens, et dit : « Écoute-moi, chair de ma chair, créature étrange qui, cachée dans les ombres du jardin où tu as été créé, t’es emparée de mes sangs et as rendu méconnaissable mon royaume. Vois mon innocence, car elle est sincère; proclame-la puisqu’elle est vraie. »
Elle me l’a jamais dit. Improbable demande de pardon de la part de cet homme gris et dur, si peu prompt au lyrisme. Plus près de la pierre que du rêve. Demande en pardon qui traverse les générations, adressée à moi, le premier des innocents, Isaac au bûcher. Comment pourrait-il demander pardon à sa fille, ma mère, à celle qui est l’incarnation de la culpabilité? Le temps n’arrange rien. Ce qu’il ne pouvait demander à sa fille, je ne peux pas le lui donner.
Elle me l’a jamais dit. Incantation, scansion mystique répétée cinq fois, jetée au hasard des vents avec l’espoir qu’elle sera écoutée par quelque dieu ancien et inconnu, dieu qui pourrait enfin accorder le pardon – ou l’oubli – tant recherché. Mais il n’y a pas de dieu ancien, et il n’y a pas de formule magique. Il n’y a que la douleur profonde, l’irrésoluble fardeau de la culpabilité, sans cesse renouvelé, toujours au même point mort.
Elle me l’a jamais dit. Mais peut-être savait-il? Il y avait les faits, il y avait les indices. La chose semble a posteriori évidente.

Peu importe s’il savait. Peu importent les indices. Mon grand-père n’était alors pas père. Comment être père sans la voix? Comment se reconnaître en un enfant sans la rupture de la chair qui accompagne la maternité?
Devenir père est acte de parole. Dans l’intimité, la mère déclare à l’homme sa paternité;  l’homme, devenu père, se proclame comme tel devant le monde.

Troisième souffle : Hanokh

Caïn bâtit une ville et crie le nom de la ville, comme le nom de son fils : Hanokh.

Mais point de ville pour la fille qui criera Hanokh. Son souffle se perdra dans le désert.

Triste désert que celui de mon grand-père.

Variations sur le thème de la fin du monde – Triplepostdramaticule


, p. 12-15.

I – Absurde

Une scène noire. À gauche, une porte. Au centre, une femme en tunique romaine étendue par terre, morte. À droite, un énorme toboggan vivement coloré qui senfonce sous la scène. Les trois objets sont éclairés par trois puissants et crus projecteurs.

LA FEMME AUX MILLE DESTINS entre par la porte et se plante devant le public.

LA FEMME AUX MILLE DESTINS

Sur la Lune, des hommes ont marché, des hommes avec leurs grosses bottes sales, pouah! (Elle fait une grimace.) Depuis, sur la Lune, il y a une grosse tache noire en forme de grosse botte d’homme. Et d’homme astronaute, de surcroît! Je peux vous le certifier; on voit tout de mon jardin, tout à partir de la Lune jusque…

Elle remarque la femme morte par terre.

LA FEMME AUX MILLE DESTINS, surprise.

Ah! Elle est morte!

Elle sévanouit. Tombe dans le toboggan, hors de la scène.

Très exactement une minute passe.

Elle entre à nouveau par la porte et se replante devant le public.

LA FEMME AUX MILLE DESTINS

Sur la Lune, des hommes ont marché, des hommes avec leurs grosses bottes sales, pouah! (Elle refait une grimace.) Depuis, sur la Lune, il y a une grosse tache noire en forme de grosse botte d’homme. Et d’homme astronaute, de surcroît! Je peux vous le certifier; on voit tout de mon jardin, tout, à partir de la Lune jusque…

Elle remarque une fois de plus la femme morte par terre.

LA FEMME AUX MILLE DESTINS, surprise, encore.

Ah! Elle est morte!

Elle s’évanouit une autre fois. Tombe pareillement dans le toboggan.

Très exactement la même minute passe.

La scène recommence jusqu’à extinction des astres.

NOIR.

 

II – Métatextuel

Sur une scène, un comédien.

LE COMÉDIEN

Voyez-vous, cher public, du théâtre ancien, il ne reste rien, strictement rien.

LE PUBLIC

Rien? Ah! Mais qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre.

LE COMÉDIEN

Non, croyez-moi! Et à preuve : vous tenez un rôle dans ce postdramaticule. Le public est un personnage! Évidemment, il y aura, quelque part, un véritable public, qui nous verra jouer pendant les prochaines minutes. Je le sens déjà qui s’excite!

LE VÉRITABLE PUBLIC

Ah oui, ça c’est vrai. Excités, on l’est! Ce sera drôle, hilarant, on en est sûrs! Le théâtre postdramatique, rien de plus tordant.

LE COMÉDIEN

Oui, c’est… (Il hésite un instant, puis continue, surpris.) Mais c’est que vous êtes vous aussi un personnage! Qu’est-ce qui se passe? On a ici de quoi créer une certaine confusion chez les spectateurs…

LES SPECTATEURS

Nous, en tout cas, on ne comprend plus rien. C’est trop compliqué, tout ça.

LE COMÉDIEN, confus.

Quoi? Vous? Mais…

Il se tait, hébété.

LA FOULE

Hého! On a payé, nous, pour être ici! Tu vas pas rester silencieux comme ça toute la soirée, quand même?

LE COMÉDIEN réalise quil est depuis le début le seul public. Il a honte davoir parlé à voix haute pendant une représentation théâtrale.

LE COMÉDIEN est triste.

NOIR.

 

III – Choquant

P1, P2, P3 et P4 au milieu de la scène, nus.

De son sac, P1 sort un énorme A. Il accompagne son geste de mouvements de sourcils suggestifs en direction de P2. Pendant ce temps, P3 et P4 s’embrassent énergiquement alors qu’ils torturent d’une main un jeune B.

P1 enfonce l’A dans le C de P2. P2 crie de douleur en invoquant le nom de D.

P1

Ah, P2, mon vieil ami, je te reconnais bien, maintenant. Tu cries comme un E qui se ferait F!

P3, riant.

Tu aurais dû le voir lorsque G! Il ressemblait à H!

P4, blagueur.

I!

Tous à l’exception de P2 rient de bon cœur. Puis, J.

NOIR.

 

Note de l’auteur :

Ce postdramaticule a cela de remarquable quil ne sera jamais, peu importe à quel point les mœurs du futur se relâcheront, et peu importe les progrès de lart théâtral, dépassé. Cette certitude me vient de la partie modulable de la pièce. En effet, à chaque représentation, il suffira de mettre à jour les thèmes et les enjeux sociaux du texte en remplaçant chacune des lettres en majuscule (de A à J) par lobjet, lacte, lêtre, lévénement, etc. qui semblera au metteur en scène le plus inapproprié, le plus choquant, le plus susceptible de causer chez le public moyen un dégoût révolté et violent. De la même façon, les noms des quatre personnages seront changés de façon à choquer au maximum; seront préférés les noms de grandes figures religieuses ou de dirigeants politiques conservateurs et belliqueux.

Notez que la Fin du monde1, donc le succès du postdramaticule, repose dans sa censure par les autorités compétentes; si la censure complète nest pas atteinte, les termes choisis par le metteur en scène ne sont pas assez choquants. Parions au passage que, la notoriété du postdramaticule allant à travers les époques en augmentant, il sera de plus en plus intégré dans le patrimoine culturel et deviendra donc « artistique ». Il sera alors, à chacune de ses représentations, de plus en plus difficile d’en réussir la mise en scène.

1 Voir le titre.

 

Où la fin du monde ne le changera pas


, p. 12-15.

La jeep, après de longues heures de voyage, s’arrêta au sommet d’une petite colline, au milieu de nulle part. Son conducteur, un jeune homme à l’aspect négligé, en sortit et s’y appuya, prenant au passage une gorgée d’eau à sa gourde. Il jeta un regard derrière lui : la plaine dans laquelle il se trouvait était, à part les traces parallèles de ses pneus dans la boue séchée et le nuage de poussière que son passage avait soulevé et qui hésitait, dans l’air immobile, à se dissiper, absolument vide. On ne passait pas souvent ici, et le village le plus proche était bien loin.

Il se retourna et fut rassuré de voir devant lui, au moins, la mince colonne de fumée très noire qu’il suivait depuis le matin et qui, faute de vent, s’élevait tout droit vers le ciel. Du haut de son promontoire, il apercevait maintenant la base de la colonne : une structure métallique sur laquelle se reflétait fortement le soleil. Il sentit monter en lui l’excitation en constatant qu’il approchait du but : c’est là qu’il vivait, le Grand Sage, l’homme peut-être le plus vieux du monde, qui pourrait répondre à ses questions brûlantes, fatidiques. Il reprit le volant et fila avec entrain

***

La structure métallique dans laquelle le Grand Sage vivait était une carcasse d’avion polie par le sable. Il y avait longtemps que, dans un chaos sans nom, l’avion s’était écrasé là, signant la fin d’une ère. Maintenant il gisait comme paresseusement, un peu de travers. Il servait de sanctuaire à quelques pèlerins, et d’habitation au vieil homme.

À la fin du jour, le jeune voyageur, impressionné par l’avion dont il connaissait l’histoire mais ignorait la réalité, arrêta sa jeep à quelques pas de là. Conformément à la coutume, il sortit du coffre de sa voiture un vieux pneu usé et un sac en toile contenant quelques conserves. Il jeta le premier au feu, dans un grand trou d’où sortait la colonne de fumée, et déposa le second dans un grand baril métallique destiné à cet usage. Il traversa ensuite le rideau de billes de plomb qui scellait l’entrée du sanctuaire.

Entré, il dut prendre quelques instants pour s’accommoder à l’atmosphère : la seule lumière provenait d’un petit brasier où brûlaient pêle-mêle quelques branches, de l’encens, sûrement quelques éclats de plastique et d’où, par conséquent, s’échappait une fumée blanche et étouffante. Après quelques instants, son regard commençant à s’habituer à la noirceur, il reconnut la silhouette du Grand Sage, assis en tailleur derrière le brasier, et devina plus qu’il ne la vit la tête de l’homme : chauve, les sourcils très blancs et épais, et surtout d’épaisses et profondes rides qui dessinaient sur le front et les joues un labyrinthe complexe.

Le voyageur se sentit devenir nerveux. Que faire, maintenant qu’il avait atteint son but? Le protocole ne lui avait jamais été enseigné. Il s’agenouilla et garda le silence. Un long moment passa ainsi, les crépitements du brasier seuls rompant le silence. Non, ce n’était pas ça. Peut-être le Grand Sage, dans sa vieillesse, devenait-il sourd? Il se décida à parler et, d’une voix qu’il voulait digne, dit :

– Grand Sage, je…

Il ne put terminer sa phrase. Une voix rauque et vibrante, une voix sortie du fin fond des âges et qui ne tolère aucune réponse, vint lui intimer le silence. Le vieil homme l’interrompit :

– Tu viens me poser une question, oui, je sais. Autrement, pourquoi viendrais-tu visiter ce vieil ermite?

Le vieil homme marqua une pause, hésita même peut-être, comme si la parole lui était difficile et qu’il devait s’arrêter pour rassembler ses esprits. Lentement, devant le silence intimidé du voyageur, il recommença. Dans sa voix perçait maintenant un indéfinissable écho de lassitude, ou peut-être de regret.

« Je sais… Je sais beaucoup de choses, jeune homme. J’ai vécu de longues années et, devant mes yeux, le monde s’est transformé beaucoup plus que tu ne pourrais l’imaginer. C’est pour cela qu’on vient me demander conseil; c’est aussi pour cela que les gens du village m’ont donné ce surnom : Grand Sage. Il y a longtemps, si longtemps qu’on vient me consulter. Je peux répondre à toutes tes questions.

Peut-être cherches-tu à comprendre le destin du monde? On t’aurait donc raconté les histoires : autrefois l’homme qui pouvait, grâce à ses machines, s’accrocher au ciel, s’y déplacer, et même aller au-delà. Puis un jour, quelque chose, les machines qui tombèrent, qui s’écrasèrent sur le sol auquel l’homme appartient. La chute qui emporta les oiseaux, les nuages; la terre qui devint aride et qui nous refusa son lait maternel. On t’aurait raconté, oui, mais tu n’aurais pas cru, et alors tu serais parti en quête de la véritable histoire et, par le fait même, de ta place dans l’ordre du cosmos.

Mais je vois que ce n’est pas là la raison de ta venue.

Un conseil de guerre, alors? Un vieil homme comme moi aura sûrement connu de très nombreuses batailles, dans ce monde où la mort d’un frère est le signe certain que l’on pourra vivre une journée de plus. Ton village, guidé par toi, aurait eu des difficultés : une lutte avec le village voisin pour le contrôle d’un puits ou d’une prairie encore fertile? Tu serais parti chercher conseil pour protéger les tiens de l’envahisseur, en quête de la sagesse oubliée des anciens.

Mais ce n’est évidemment pas ça non plus. Tes yeux trahissent ton agacement. Tu es un jeune guerrier orgueilleux et fort, tu es bien sûr toujours victorieux sur le champ de bataille.

Sûrement, dans ce cas, viens-tu me questionner au sujet des lépreux. Comme tous tu aurais vécu dans la peur des damnés. Tu les aurais vus dans le désert, par milliers, hagards et confus, immobiles sous le soleil. Et surtout, tu les aurais vus lors de la chasse, lorsque comme une vague enragée ils se jettent sur leur malheureuse victime et la déchirent en morceaux, la dévorent jusqu’à ce qu’il n’en reste plus que des ossements à blanchir sous le soleil. Toute ta vie tu aurais construit une haine terrible pour ces monstrueuses créatures, jusqu’au jour où quelques lépreux égarés se seraient aventurés dans ton village. Tu les aurais vus de près pour la première fois; tu aurais entendu dans les cris sauvages de l’un le désespoir de son destin et tu aurais vu sur les joues pourries de l’autre couler les larmes de la détresse. Tu aurais vu tout cela en un instant et, n’eût été du secours d’un valeureux compagnon, tu aurais été à ton tour déchiqueté par les lépreux, puisque depuis ce moment et jusqu’à ce jour, il t’est – te serait – impossible de faire feu sur les damnés.

Non, nous n’y sommes toujours pas. Ton impatience gronde, et tu brûles d’interrompre ce vieil homme. »

À cet instant le vieillard fit une pause. Le jeune voyageur, quelque peu exaspéré par le long discours de son interlocuteur, saisit ce silence comme une invitation à s’exprimer et, excité, lança :

– Honorable sage, c’est qu’il y a, voyez-vous, dans mon village, une…

– Une femme, oui!

Le vieillard avait crié ces derniers mots avec une rage terrible. Le jeune homme, confus, se tut et se rassit, honteux de son erreur. À nouveau, ils restèrent un moment en silence; mais cette fois on entendait la respiration difficile du vieil homme, que l’effort de sa colère avait épuisé. Il recommença son monologue, aussi lentement qu’avant, mais avec cette fois un indéniable ton de reproche et peut-être un peu de honte.

« Une femme, oui. Toi et les autres, tous, ne venez plus que pour cela.

Je pourrais certainement te conseiller dans l’art de la guerre et t’apprendre les techniques et les stratégies des Anciens; grâce à elles, ton village serait imprenable, et tu deviendrais toi-même un puissant seigneur.

Je pourrais aussi te raconter comment, certains soirs de pleine lune, les lépreux se rassemblent par milliers au milieu du désert et fixent, immobiles, l’astre énorme; jusqu’au jour ils restent ainsi, et se laissent abattre sans réagir. Certains croient qu’ils se rassemblent pour pleurer la lune. Certains croient que les lépreux sont bénis. Certains croient qu’ils sont les prophètes d’unmonde mourant.

Et bien sûr, je pourrais te raconter le jour funeste où les forces insondables du cosmos abandonnèrent la Terre. Je pourrais car j’y étais, à peine sevré, et j’ai vu de mes yeux innocents la chute des grands oiseaux de fer et des objets célestesque l’homme avait créés. J’ai vu sans comprendre la nature dépérir, et tranquillement s’éteindre les flammes de nos sociétés orgueilleuses. Soudainement, l’homme était redevenu lent, faible, bête. Et maintenant que tant d’années ont passé, vraiment, des siècles, il me semble, je pourrais te dire comment les astres chaque jour se rapprochent, et comment notre Terre-mère est, oui, bel et bien morte, et qu’il ne nous reste qu’à dépérir lentement, dans le souvenir de notre ancienne grandeur, en attendant que le Ciel et la Terre soient touchés par les braises cosmiques.

Mais malgré cela, malgré la guerre et les lépreux et l’innommable malédiction qui pèse sur nos têtes, tu viens, fort de ta jeunesse, me demander conseil, puisque tu veux prendre femme, et que tu veux livrer tes fils à l’impitoyable justice de la mort?

Malgré tout, tu viens me demander comment faire pour que la femme que tu aimes t’aime en retour? Eh bien, soit. Je te répondrai comme aux autres. »

Et la voix du vieillard s’emplit un instant du désespoir du vieil homme qui, malgré la fin du monde, se laisse dépasser par celui-ci. Il prononça ces dernières paroles :

« Je ne sais pas. Laisse-moi, maintenant. » Et le jeune homme se leva.